Culture
Pompéi dévoile les splendeurs de la villa de Poppée en temps réel
Pour la première fois, le public est invité à pénétrer au cœur d’un chantier de fouilles actif dans l’une des résidences les plus fastueuses de l’antiquité romaine, assistant en direct à la renaissance de fresques millénaires.
À quelques pas des ruines déjà connues de Pompéi, un passage étroit conduit désormais les visiteurs vers l’inédit. Dans la villa d’Oplontis, traditionnellement attribuée à Poppée, seconde épouse de l’empereur Néron, les dernières campagnes archéologiques se déroulent désormais sous les yeux du public. Chaque jeudi matin, de petits groupes sont guidés au plus près des échafaudages, là où restaurateurs et archéologues œuvrent avec une minutie extrême. Leurs outils – scalpels, grattoirs et pinceaux – libèrent peu à peu des murs ensevelis depuis l’éruption du Vésuve en 79 après J.-C. une polychromie d’une vivacité saisissante.
L’émotion est palpable sur le chantier. Les spécialistes soulignent la rareté de découvrir des surfaces picturales demeurées intactes, préservées sous les dépôts volcaniques. Sur un fond d’un rouge cinabre éclatant, des motifs d’une finesse remarquable émergent. Des oiseaux aux plumages délicats, des fruits et des poissons composent un bestiaire et un répertoire végétal d’une grande élégance. Parmi les découvertes récentes, les pattes d’un paon se dessinent sur une frise d’un jaune vif, faisant écho à un paon complet mis au jour précédemment sur le mur opposé de la même pièce. Cet animal, sacré pour la déesse Junon, constitue un leitmotiv décoratif de la demeure, souvent associé à des représentations de sanctuaires.
La qualité des pigments employés – du bleu égyptien au cinabre – atteste du luxe inouï de cette résidence maritime. Ces matériaux, extrêmement coûteux à l’époque, témoignent à la fois de la fortune du commanditaire et de l’étendue des réseaux commerciaux de la Rome impériale, mais aussi du savoir-faire exceptionnel des ateliers de peintres. Pour les experts, la possibilité d’étudier ces couleurs dans leur état originel, sans altération ni restauration ancienne, représente une opportunité scientifique majeure. Elle permet d’affiner considérablement la compréhension des techniques picturales romaines.
Cette ouverture exceptionnelle au public intervient alors que la villa, en cours de restauration au moment de la catastrophe, n’a livré qu’une partie de ses secrets. Les archéologues estiment que seulement la moitié environ de son étendue totale a été explorée. Ses limites exactes restent inconnues, laissant présager d’autres révélations à venir. Pour les visiteurs, cette immersion offre un privilège rare, celui de saisir l’archéologie dans son processus même, entre le geste précis qui dégage un fragment de stuc et la lente résurrection d’un ensemble décoratif qui n’avait plus été vu depuis près de deux millénaires.
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