Nous rejoindre sur les réseaux

Monde

Mykola Lebedev, dix-huit ans dans la tourmente ukrainienne

Article

le

Un jeune soldat s’apprête à affronter son baptême du feu dans l’est du pays, après une formation accélérée au maniement des armes et aux tactiques de survie.

Le visage juvénile encadré d’une chevelure bleutée, Mykola Lebedev arbore un regard où se mêlent l’innocence de son âge et une détermination précoce. À dix-huit ans, ce Ukrainien s’apprête à lancer sa première grenade lors d’un entraînement militaire. Confrontée à un déficit chronique de soldats depuis le début de l’invasion russe en 2022, l’armée ukrainienne a revu à la baisse l’âge de la mobilisation et propose désormais aux jeunes volontaires un contrat assorti d’avantages financiers significatifs. Mykola, surnommé Kolya par ses proches, figure parmi ces nouvelles recrues qui se préparent à rejoindre les positions de combat dans l’est du pays.

Au cours d’un exercice tenu secret, le jeune homme s’exerce au lancement d’explosifs sous la supervision d’un instructeur. Les mains tremblantes, il actionne la grenade dont la détonation secoue les murs d’une cave abandonnée. Son supérieur salue cet instant comme un rite de passage. Autour d’eux s’étendent les vestiges d’un village autrefois occupé par les forces russes, paysage de ruines qui rappelle la violence des combats. La décision de s’engager remonte à l’invasion de sa région natale en février 2022, lorsqu’il a été témoin des destructions et des pertes humaines. Bien que ses parents l’aient incité à quitter le territoire, il est revenu de Pologne pour signer son engagement en juillet dernier, malgré l’opposition maternelle.

Les formateurs considèrent ces jeunes volontaires comme l’avenir de la défense nationale, tout en reconnaissant que leur expérience sur le front s’annonce particulièrement périlleuse. La prolifération des drones explosifs ennemis transforme la ligne de contact en un couloir mortel sur plusieurs kilomètres. Lors d’une simulation, Kolya et ses camarades tentent d’échapper à un assaut aérien. Blotti dans une maison, il étreint son arme tandis que retentissent les bourdonnements menaçants. L’exercice se solde par un échec, l’instructeur leur signifiant qu’ils auraient péri dans une situation réelle. Le jeune soldat affirme compter sur son agilité pour survivre, prêt à continuer le combat même blessé.

La guerre lui a déjà coûté un ami, gravement mutilé un autre, et provoqué des brûlures étendues chez son oncle. Son père sert sous les drapeaux tandis que son beau-père, seul survivant de son unité, a déserté pour protéger ses enfants. L’annonce de son engagement a provoqué l’incompréhension familiale. Le contrat signé lui assure une prime substantielle et une rémunération mensuelle bien supérieure à celle des mobilisés ordinaires, créant des disparités tacites au sein des troupes. Dans la cour de la caserne, soldats volontaires et appelés nettoient consciencieusement leurs armes. Pour Kolya, cette familiarité avec le fusil représente l’équilibre entre la vie et la mort.

Sa première mission le conduira dans les tranchées pour une durée indéterminée, où les rotations restent aléatoires faute de combattants disponibles. Les conversations entre soldats évitent les sujets graves, privilégiant l’humour noir pour exorciser l’angoisse. Kolya anticipe l’univers des combats, fait de sang et d’explosions, mais affirme ne pas connaître la peur. Il évoque plutôt l’absence de musique et les appels hebdomadaires avec sa compagne, dernier vestige de sa vie antérieure. Une bouffée de cigarette aux lèvres, il observe le soleil automnal en plissant les yeux. Dans un mois, il sera face aux troupes russes.

Click to comment

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Les + Lus