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Économie

Marins indonésiens en détresse, otages d’un navire fantôme au Cap-Vert

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Abandonnés depuis plusieurs mois dans le port de Mindelo, douze marins, dont six Indonésiens, se retrouvent pris au piège entre l’exigence de leur dû et la crainte de perdre définitivement une année de salaire.

Le thonier Novo Ruivo, battant pavillon portugais, est à l’arrêt dans la baie de Porto Grande. À son bord, un équipage dans l’impasse. Recruté pour une campagne de pêche, le mécanicien Surono et ses collègues se sont retrouvés livrés à eux-mêmes après que l’armateur a disparu, emportant avec lui leurs documents officiels et plusieurs mois de rémunération. Le propriétaire espagnol du navire a cessé tout contact et tout versement depuis l’escale de septembre dernier, laissant les hommes sans perspective de retour.

Pour ces travailleurs migrants, la situation confine au cauchemar. Chaque jour passé à bord accentue leur précarité financière et morale. Leur unique objectif, percevoir les salaires impayés qui s’élèveraient à plusieurs milliers de dollars par homme, se heurte à l’inaction de leur employeur. Les familles restées au pays, comme celle de Surono à Java, subissent de plein fouet les conséquences de cet abandon, contraintes de s’endetter pour subvenir à leurs besoins essentiels.

Les organisations internationales pointent une recrudescence inquiétante de ces cas d’abandon. Selon les dernières données, plusieurs milliers de marins de diverses nationalités se trouveraient dans une situation similaire à travers le monde, bloqués sur des navires dont les armateurs ont rompu leurs engagements. Le cadre réglementaire applicable au secteur de la pêche, jugé trop peu contraignant, offre une protection limitée aux équipages, facilitant ces pratiques.

Face à ce blocage, l’option d’un rapatriement immédiat a été proposée aux hommes du Novo Ruivo. Ils l’ont pour l’instant refusée, redoutant que ce départ ne signe l’abandon définitif de toute revendication salariale. La seule issue juridique envisagée résiderait dans la saisie et la vente du navire afin d’indemniser l’équipage, une procédure longue et incertaine actuellement à l’étude.

Interrogé, l’armateur espagnol se défend de tout abandon, affirmant fournir les bases nécessaires à la survie à bord et se déclarant lui-même pénalisé par l’immobilisation du bateau. Il reconnaît toutefois son incapacité actuelle à honorer l’intégralité de la dette salariale, évoquant des versements symboliques occasionnels. Cette version est contestée par les marins, qui dénoncent des conditions de vie dégradées et une attente interminable. Leur détermination à obtenir justice reste entière, portée par la nécessité de faire vivre les leurs et le sentiment d’un travail accompli sans reconnaissance.

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