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L’opposition bâillonnée, talon d’Achille des démocraties africaines

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Les scrutins se multiplient sur le continent dans un contexte de marginalisation systématique des forces contestataires, creusant un fossé dangereux entre gouvernants et populations.

Plusieurs pays africains ont récemment connu des processus électoraux marqués par l’éviction méthodique des principaux challengers politiques. En Tanzanie, l’emprisonnement et l’inéligibilité imposée aux adversaires de la présidente Samia Suluhu Hassan ont provoqué des manifestations violemment réprimées. En Côte d’Ivoire, le président Alassane Ouattara a remporté un quatrième mandat après l’exclusion de ses compétiteurs les plus sérieux. Le Cameroun a quant à lui reconduit Paul Biya, nonagénaire au pouvoir depuis quatre décennies, suite à l’élimination de son principal opposant pour des motifs constitutionnels.

Cette tendance s’inscrit dans un recul démocratique global où les régimes en place déploient des stratégies sophistiquées pour neutraliser toute concurrence électorale significative. Les commissions électorales, théoriquement indépendantes, sont souvent instrumentalisées pour disqualifier les candidats jugés menaçants. Des observateurs dénoncent une perversion des institutions où l’organisation des scrutins échappe fréquemment à toute impartialité.

La situation contraste avec certains succès démocratiques enregistrés ailleurs sur le continent. Des alternances pacifiques au Ghana, au Botswana ou au Sénégal ont démontré la vitalité possible des processus électoraux. Paradoxalement, ces exemples semblent avoir incité certains régimes à renforcer leur contrôle sur les mécanismes du suffrage.

Les jeunes générations expriment toutefois une exigence croissante de réformes, comme l’ont montré les mobilisations au Kenya et à Madagascar. Face à ces pressions, les gouvernements répondent souvent par un durcissement répressif. La communauté internationale, quant à elle, fait preuve d’une tolérance accrue, de nouveaux partenaires comme la Chine ou la Russie privilégiant les relations économiques aux considérations démocratiques.

Des analystes soulignent que cette dynamique pourrait nécessiter des crises institutionnelles majeures pour enclencher des réformes profondes. La recherche d’alternatives politiques crédibles reste cependant entravée par la concentration des pouvoirs et la résistance des élites établies. L’équilibre entre stabilité politique et ouverture démocratique continue de se négocier dans un contexte de défiance grandissante.

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