Nous rejoindre sur les réseaux

Monde

L’invisibilité stratégique, nouvelle doctrine des postes de commandement

Article

le

Face aux menaces modernes, les états-majors militaires redéfinissent les principes de survie de leurs centres de décision, privilégiant la mobilité et la discrétion aux déploiements massifs d’antan.

Dissimulé au bord d’une rivière roumaine, le poste de commandement de la 7e brigade blindée française illustre cette évolution doctrinale. Composé de quatre tentes camouflées érigées de nuit, cette structure névralgique coordonne les mouvements de plusieurs milliers de soldats lors de l’exercice Dacian Fall de l’Otan. Sa localisation change fréquemment, passant d’une friche industrielle à un nouveau site en moins de vingt-quatre heures, selon les impératifs de discrétion.

La brigade multinationale dispose d’un dispositif élaboré pour échapper à la détection ennemie. Un drone quadricoptère surveille en permanence les émissions électromagnétiques et thermiques du site, tandis que des antennes radio sont positionnées à distance. Leur signature est reproduite sur un poste de commandement leurre déployé ailleurs, formant un leurre sophistiqué destiné à tromper d’éventuels adversaires.

À l’intérieur du PC, soixante spécialistes planifient les opérations sur un front fictif de plusieurs dizaines de kilomètres. Un serveur informatique récent, surnommé « data hub de l’avant », intègre des capacités d’intelligence artificielle pour optimiser les décisions tactiques. Ce système analyse en temps réel les données collectées, suggérant notamment les itinéraires logistiques les plus sûrs ou recensant les capacités de guerre électronique adverses.

Deux postes de commandement avancés, encore plus proches de la ligne de front fictive, opèrent depuis des véhicules blindés discrètement positionnés. Leurs équipes réduites appliquent strictement les principes de dispersion et de mobilité, se déplaçant à plusieurs reprises dans des zones boisées pour éviter toute localisation.

Les enseignements du conflit ukrainien ont profondément influencé ces nouvelles pratiques. Le général commandant la 7e brigade blindée souligne l’abandon du « confort opérationnel » des théâtres afghan ou malien au profit d’une structure allégée. Les communications évitent désormais les réseaux militaires identifiables, utilisant plutôt les infrastructures civiles locales, y compris la téléphonie mobile et les constellations satellitaires commerciales.

En cas de brouillage des transmissions, le commandement recourt à des estafettes motocyclistes pour acheminer les ordres. La doctrine d’emploi privilégie désormais le « commandement par l’intention », où les subordonnés reçoivent des objectifs généraux à exécuter selon leur appréciation de la situation tactique.

Cette approche décentralisée répond à la menace des artilleries à longue portée, capables de frapper rapidement tout centre de décision détecté. La priorité initiale d’un PC en combat de haute intensité consiste à préserver sa discrétion le temps que l’artillerie alliée neutralise les capacités de frappe adverses. La survie des structures de commandement apparaît désormais comme un enjeu déterminant dans l’usure des forces ennemies en profondeur.

Click to comment

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Les + Lus