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L’influence discrète d’un think tank autrichien sur la politique migratoire européenne

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Un institut viennois, proche des conservateurs, joue un rôle clé dans l’orientation restrictive des politiques d’expulsion de l’UE, suscitant des réserves parmi les défenseurs des droits.

Alors que l’Union européenne accélère la mise en œuvre de son pacte sur la migration et l’asile, un organisme peu médiatisé occupe une place grandissante dans l’élaboration des stratégies de retour des migrants en situation irrégulière. Le Centre international pour le développement des politiques migratoires (ICMPD), basé à Vienne, bénéficie d’une influence croissante auprès des institutions européennes et des États membres, malgré les critiques des organisations de défense des droits humains.

Fondé en 1993 par l’Autriche et la Suisse, l’ICMPD compte désormais 21 pays membres, dont plusieurs États situés sur les routes migratoires, comme la Turquie ou la Bosnie. Son budget a été multiplié par cinq depuis 2015, dépassant aujourd’hui les 100 millions d’euros, tandis que ses effectifs s’élèvent à 500 collaborateurs. Son directeur, Michael Spindelegger, ancien vice-chancelier autrichien, se montre optimiste quant à l’évolution des politiques migratoires européennes, tout en reconnaissant que leur succès dépendra de leur application effective.

L’institut promeut notamment la création de centres de retour dans des pays tiers, comme le Bangladesh ou le Pakistan, destinés à faciliter la réinsertion économique des demandeurs d’asile déboutés. Ces initiatives s’inscrivent dans une approche visant à externaliser une partie des procédures migratoires, une orientation qui suscite des réserves. Certaines ONG dénoncent des collaborations avec des régimes accusés de violations des droits fondamentaux, comme la Tunisie ou la Libye. L’ICMPD se défend en mettant en avant ses programmes de formation aux droits humains, bien que leur impact réel soit contesté.

Les liens étroits entre l’institut et le parti conservateur autrichien ÖVP, au pouvoir à Vienne, renforcent son poids politique. La future directrice de l’ICMPD, Susanne Raab, est d’ailleurs une ancienne ministre de ce parti. Cette proximité alimente les interrogations sur l’indépendance de l’organisme, alors que l’UE poursuit le durcissement de sa politique migratoire.

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