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L’exode meurtrier d’El-Facher

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Des rescapés soudanais parviennent au Tchad après avoir traversé l’enfer des combats et des exactions paramilitaires.

Le camp de Tiné, dans l’est du Tchad, accueille depuis quelques jours les premiers survivants ayant fui El-Facher, ville du Darfour soudanais tombée fin octobre aux mains des Forces de soutien rapide. Ces civils épuisés rapportent des scènes de violence extrême et systématique. Parmi eux, Mounir Abderahmane, seize ans, se souvient avec effroi de l’exécution sommaire de soignants dans l’hôpital où son père, militaire blessé, était soigné. Contraint de prendre la route avec son père mourant, il rejoint à pied le Tchad après onze jours de marche.

Les récits concordent sur l’intensification des bombardements à partir du 24 octobre, puis l’entrée des paramilitaires. Les habitants, terrés dans des abris de fortune, décrivent une ville jonchée de cadavres. Hamid Souleymane Chogar, cinquante-trois ans, raconte avoir dû se faufiler entre les corps pour fuir, profitant de la nuit. D’autres, comme Mahamat Ahmat Abdelkerim, ont vu des dizaines de civils exécutés, le sang encore frais. Les familles en fuite ont dû traverser des tranchées remplies de dépouilles, évitant de marcher sur les morts.

La route de l’exil s’est révélée tout aussi périlleuse. Les check-points tenus par les paramilitaires sont devenus des lieux de prédation. Les civils y sont systématiquement dépouillés de leurs biens, contraints de payer des rançons exorbitantes sous la menace. Des témoins affirment que les combattants des FSR pratiquent un ciblage ethnique, insultant et exécutant arbitrairement des hommes identifiés comme originaires du Darfour.

Les organisations humanitaires s’organisent face à l’afflux prévu de dizaines de milliers de réfugiés dans les prochains mois. Médecins Sans Frontières annonce le renforcement de ses équipes, tandis que le HCR prévoit près de 90 000 arrivées. Ce nouvel épisode s’inscrit dans un conflit qui a déjà provoqué le déplacement de près de douze millions de personnes et plongé le Soudan dans la plus grave crise humanitaire au monde.

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