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L’essor des drones militaires en Afrique, une menace pour les civils

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Les engins volants, de plus en plus utilisés par les armées africaines, transforment les conflits avec des résultats opérationnels mitigés et un lourd tribut payé par les populations.

La multiplication des drones armés sur les théâtres africains modifie profondément la nature des conflits. Ces appareils, souvent acquis auprès de la Turquie, de la Chine ou de l’Iran, offrent aux forces gouvernementales une capacité aérienne à moindre coût. Mais leur emploi s’accompagne fréquemment de dommages collatéraux considérables, comme en témoigne l’attaque meurtrière survenue en avril dernier à Gedeb, en Éthiopie, où des dizaines de civils ont péri lors d’une frappe en plein jour.

L’Éthiopie illustre parfaitement cette tendance. Depuis la guerre du Tigré (2020-2022), Addis-Abeba a intensifié l’usage de ces engins pour contrer diverses rébellions, notamment dans les régions de l’Amhara et de l’Oromia. Selon les données recueillies par des observateurs indépendants, plus de 600 personnes ont été tuées dans cette seule zone depuis 2023. Les drones, bien que présentés comme des outils de précision, semblent souvent employés sans discernement, frappant indistinctement combattants et non-combattants.

Cette dynamique dépasse largement les frontières éthiopiennes. Une trentaine de pays africains se sont dotés de ces systèmes, avec une préférence marquée pour les modèles turcs Bayraktar TB2, réputés pour leur rapport qualité-prix. Le Mali, le Burkina Faso et le Niger, engagés dans des luttes contre des groupes jihadistes, y voient une alternative aux appuis aériens traditionnels, désormais moins accessibles après le retrait des forces françaises.

Pourtant, l’efficacité réelle de ces drones reste sujette à caution. Si certains régimes en tirent un avantage symbolique, comme la prise de Kidal par l’armée malienne en 2023, leur impact stratégique semble limité. Les conflits persistent, voire s’enlisent, comme au Soudan où près de 300 frappes recensées n’ont pas empêché la guerre de s’étendre. Les experts soulignent que ces appareils peinent à s’adapter aux tactiques de guérilla, où les combattants se fondent dans le paysage.

Au-delà des considérations militaires, c’est le sort des civils qui inquiète. Les témoignages recueillis sur le terrain décrivent des scènes de panique et un sentiment d’insécurité permanent. Les frappes, parfois menées en l’absence de toute présence rebelle avérée, alimentent un climat de terreur. Les populations, prises entre deux feux, deviennent malgré elles les premières victimes de cette course aux armements aériens.

Alors que les gouvernements africains cherchent à affirmer leur autonomie stratégique, le recours croissant aux drones pose des questions éthiques et opérationnelles. Entre promesses tactiques et réalités sanglantes, leur emploi souligne les limites d’une approche purement technologique dans la résolution de conflits profondément enracinés.

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