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Les séquelles psychiques des soldats israéliens après Gaza

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Des mois après leur retour du front, des militaires israéliens témoignent des traumatismes invisibles qui persistent au-delà des combats, tandis que les suicides se multiplient parmi les anciens combattants.

Le capitaine Israël Ben Shitrit se souvient avec une précision douloureuse de l’appel au secours de son soldat, un son qui le poursuit où qu’il se trouve. Grièvement blessé début 2024 lors des opérations dans la bande de Gaza, cet officier de réserve évoque les nombreux déclencheurs qui provoquent chez lui des retours en arrière soudains. Le simple bruit d’un hélicoptère suffit à le ramener mentalement à Khan Younès, cette ville du sud de l’enclave palestinienne qui fut le théâtre d’affrontements particulièrement intenses.

Devant une commission parlementaire en septembre, il a décrit cette réalité qui affecte des milliers de militaires. Le conflit déclenché après l’attaque du 7 octobre 2023 représente le engagement militaire le plus long et le plus massif depuis la création de l’État hébreu. Un rapport de l’armée datant de juillet fait état de neuf mille demandes de reconnaissance de souffrances psychiques adressées aux services de santé militaires. Ce chiffre contraste avec les cent cinquante-neuf cas officiellement recensés après le conflit de l’été 2014 contre le Hamas, qui avait duré moins de deux mois.

Tuly Flint, psychologue spécialisé dans le trouble de stress post-traumatique, observe quotidiennement les conséquences sur les soldats revenus du front. Le taux de suicide ne constituerait que la partie émergée du phénomène. Il note une augmentation des comportements violents, particulièrement au sein des familles, des séparations conjugales et des effondrements psychiques généralisés.

La détermination de Tom Wasserstein à créer des maisons d’accueil pour les militaires mentalement affectés puise sa source dans un drame personnel. Son frère cadet Roï, infirmier militaire ayant effectué plus de trois cents jours de service dans la bande de Gaza, s’est suicidé en juillet. Il considère que la distinction entre une blessure physique et un traumatisme psychique n’a pas lieu d’être. Les deux constituent des blessures de guerre, l’une visible, l’autre invisible, mais toutes deux méritant une prise en charge appropriée.

Devant le Parlement israélien, une tente abrite depuis plusieurs semaines des soldats souffrant de troubles post-traumatiques. Ils dénoncent le manque de reconnaissance sociale de leurs traumatismes. Micha Katz avance le chiffre de soixante militaires qui auraient mis fin à leurs jours récemment. Yoann Dobensky, ancien soldat franco-israélien, explique que l’épuisement psychologique provient moins d’une volonté de mourir que d’une fatigue extrême de vivre après avoir été confronté aux horreurs de la guerre.

Le capitaine Ben Shitrit souligne que ses souffrances psychologiques s’ajoutent à ses blessures physiques, plus d’un an après les faits. Sa fille lui demande régulièrement si elle doit rester veiller sur lui la nuit, illustrant comment ces traumatismes affectent l’entourage familial. Les enfants perçoivent et ressentent ces séquelles invisibles qui transcendent les générations.

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