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Les pistes de danse, dernier rempart des seniors shanghaiens contre l’isolement

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Dans les salles de bal historiques de la métropole, une génération de retraités trouve, au rythme de la valse et du swing, une vitalité sociale et un antidote au sentiment de solitude.

Sous les lumières tamisées d’un établissement au nom évocateur, les Vieux Rêves de Shanghai, les couples évoluent avec une grâce surannée. Ici, en milieu de journée, le parquet résonne moins des pas de danse que des aspirations d’une génération. Pour ces retraités shanghaiens, ces sessions quotidiennes représentent bien plus qu’un simple loisir. Elles constituent un rituel social essentiel, une parenthèse où le temps semble suspendu et où l’âge s’efface.

L’engouement pour la danse de salon plonge ses racines dans l’histoire cosmopolite de la ville. Depuis l’âge d’or du jazz dans les années 1930, ces lieux font partie intégrante de son paysage culturel. Aujourd’hui, des dizaines d’établissements, du légendaire Paramount aux salles plus modestes, ouvrent leurs portes dès l’aube. Ils offrent un cadre où se perpétue une certaine élégance, entre robes traditionnelles qipao, costumes impeccables et orchestres interprétant des standards intemporels.

L’attrait dépasse largement l’exercice physique. Pour de nombreux participants, il s’agit d’une bouffée d’oxygène sociale. Après une vie active, la retraite peut parfois se traduire par un isolement pesant. La piste de danse devient alors un espace de rencontres et de partage, où se recrée du lien. Les conversations s’engagent entre deux tangos, les sourires s’échangent au rythme d’une rumba. L’ambiance, soigneusement entretenue par des passionnés, vise à ressusciter l’esprit du Shanghai d’antan, une époque synonyme de raffinement et d’ouverture.

Les témoignages des habitués en attestent. Ils évoquent un regain d’énergie, un sentiment retrouvé de valorisation et une beauté qui se cultive avec les années. Pour certains nonagénaires, fréquenter ces salles cinq fois par semaine relève d’une routine vitale, un rendez-vous avec un lieu qui fait office de seconde maison depuis l’adolescence. L’immersion dans la musique et le mouvement permet d’effacer, le temps d’une après-midi, les préoccupations et la mélancolie.

Face au vieillissement de leur public fidèle, les gestionnaires de ces temples de la danse s’interrogent sur leur avenir. Un enjeu de transmission se fait jour. Dans une société où les interactions numériques prédominent, ils défendent la singularité et la richesse du contact humain direct que permet la danse en couple. Des initiatives voient le jour pour séduire un public plus jeune, à travers l’organisation d’événements thématiques ou de cours. Un renouveau du swing, notamment, est observé.

Les aînés, quant à eux, accueilleraient avec bienveillance cette infusion de jeunesse. Ils y voient une source d’énergie supplémentaire et une garantie de pérennité pour ces lieux qui demeurent, avant tout, des espaces de vie. Ils rappellent, avec une évidence parfois oubliée, que l’avancée en âge n’éteint en rien le désir de légèreté, de culture et de compagnie. Sur le parquet, entre deux reflets des lustres, se joue une partition subtile, celle du maintien d’un art de vivre et d’un lien social précieux.

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