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Les gardiens invisibles de l’Amazonie

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Au cœur de la forêt brésilienne, la quête de preuves pour protéger des peuples isolés et leur territoire menacé.

Dans les profondeurs de l’Amazonie brésilienne, des traces discrètes mais révélatrices attestent de la présence de communautés autochtones vivant en marge du monde moderne. Une carapace de tortue et des fragments de poterie, découverts il y a trois ans, constituent les indices les plus récents de leur existence sur le territoire d’Ituna/Itata, une zone protégée de la taille de São Paulo, dans l’État du Pará. Ces éléments renforcent les demandes des organisations locales pour une reconnaissance officielle de ces groupes, condition sine qua non à une protection durable de leur habitat.

Les récits des habitants voisins, comme ceux du village Asurini d’Ita’aka, évoquent des rencontres fugaces avec ces populations volontairement coupées du reste de la société. Takamyi Asurini, un ancien du village, montre encore la marque d’une blessure qu’il attribue à l’une de ces rencontres. Ces témoignages, bien que fragmentaires, s’ajoutent aux archives accumulées depuis les années 1970, sans pourtant avoir fait l’objet d’une investigation systématique par les autorités.

La Fondation nationale des peuples indigènes (Funai) recense 114 signes de présence de groupes isolés à travers l’Amazonie. Seuls un quart d’entre eux sont officiellement validés, les autres restant classés comme « indices forts ». Pour les communautés locales, cependant, la perception de ces populations passe par des signes plus subtils, comme des bruits dans la forêt ou des odeurs inhabituelles. Une connaissance intuitive que Luiz Fernandes, de la Coordination des organisations indigènes de l’Amazonie brésilienne (Coiab), regrette de voir ignorée par les procédures étatiques.

La pression sur ces territoires ne faiblit pas. Ituna/Itata a subi une déforestation massive, particulièrement sous la présidence de Jair Bolsonaro, lorsque les mesures de protection ont été suspendues. Malgré leur rétablissement sous l’administration Lula, les cicatrices sont visibles depuis le ciel, où des pans entiers de forêt ont été rasés pour l’agriculture ou l’exploitation minière illégale.

À l’approche de la COP30, qui se tiendra à Belém en 2025, les défenseurs des droits indigènes appellent à une action plus ferme. Pour eux, la protection de l’Amazonie passe nécessairement par celle de ses habitants ancestraux. « La forêt ne tient debout que grâce à ceux qui y vivent », rappelle Toya Manchineri, de la Coiab. Une vérité que les politiques publiques peinent encore à intégrer pleinement.

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