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Les félins, gardiens séculaires d’Istanbul

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_**Dans la métropole turque, plus de 160 000 chats libres font partie intégrante du paysage urbain et de l’identité culturelle, entre affection populaire et gestion municipale.**_

Un matou blanc et gris nommé Kanyon trône désormais dans une petite maison en plastique à l’entrée d’un centre commercial. Après le vol de son panier, les riverains se sont mobilisés, lui offrant jouets, nourriture et même un compte Instagram dédié. Son cas n’a rien d’exceptionnel. Istanbul compte officiellement plus de cent soixante mille chats errants, nourris et choyés par une population de seize millions d’habitants qui leur témoigne une considération particulière.

Des deux côtés du Bosphore jusqu’aux traversiers qui le sillonnent, ces félins s’approprient l’espace public avec une tranquillité déconcertante. Ils somnolent sur les banquettes des cafés, dans les vitrines des magasins ou aux caisses des supermarchés, rarement dérangés. Cette cohabitation pacifique est souvent citée comme un trait caractéristique de la ville. Les commerçants les laissent volontiers s’installer, contribuant à forger cette réputation.

Cette relation singulière plonge ses racines dans l’histoire et la culture. Les spécialistes rappellent l’affection que portait le prophète Mahomet à ces animaux, une tradition qui influencerait encore les comportements. Déjà à l’époque byzantine, puis sous l’Empire ottoman, les chats étaient présents, initialement pour protéger les denrées des rongeurs. Le palais de Topkapi, ancienne résidence des sultans, vient d’ailleurs de restaurer une chatière historique, témoin de cette longue présence.

Certains félins accèdent même à une notoriété publique. Après le décès de Tombili, un chat devenu célèbre sur les réseaux sociaux pour sa posture nonchalante, une statue à son effigie a été érigée. De même, la disparition de Gli, la mascotte de Sainte-Sophie, a fait l’objet d’articles nécrologiques dans la presse nationale, rappelant qu’elle avait été caressée par un président américain en visite.

Face à cette population féline importante, les autorités municipales ont mis en place une politique active de stérilisation. Plus de quarante-trois mille animaux ont été traités l’année dernière, un chiffre en forte hausse. Cette démarche vise à réguler les naissances de manière éthique. Parallèlement, des voix s’élèvent pour modérer les distributions de nourriture, parfois excessives, qui pourraient involontairement favoriser la prolifération d’autres nuisibles comme les rats, bien que de nombreux résidents affirment rarement en croiser.

Pour les habitants et les visiteurs, cette présence féline demeure un élément essentiel du charme stambouliote. Elle incarne une forme de vie commune, une proximité quotidienne entre les espèces qui participe à l’âme unique de la ville. Cette symbiose, entre respect traditionnel et gestion moderne, continue de définir le rapport des Istanbulotes à leurs résidents à quatre pattes.

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