Des habitants s’emparent des enjeux énergétiques en finançant leurs propres parcs éoliens, pour une transition écologique locale et solidaire.
Au cœur de la campagne bretonne, près de Martigné-Ferchaud en Ille-et-Vilaine, deux éoliennes dominent déjà le paysage tandis qu’une troisième est en cours d’assemblage. Ce parc, baptisé Féeole, est le fruit d’une initiative citoyenne lancée il y a quinze ans. L’idée a germé lorsque la zone a été désignée comme propice au développement éolien. Plutôt que de laisser des investisseurs étrangers s’en emparer, les habitants ont choisi de prendre les rênes. « Si des mâts doivent s’élever ici, autant que les retombées profitent à notre territoire », explique Michel Lemonnier, l’un des porteurs du projet.
Aujourd’hui, 168 citoyens ont investi collectivement 520 000 euros dans ce parc, complétés par des prêts bancaires et le soutien d’acteurs locaux comme le syndicat Energ’iV et l’association Énergie Partagée. Une fois opérationnelles, ces éoliennes produiront 36 GWh annuels, couvrant près de la moitié des besoins énergétiques de la communauté de communes.
Ce modèle séduit de plus en plus. En France, seize parcs citoyens sont déjà en service, tandis qu’une vingtaine d’autres sont en développement. Si les rendements financiers restent modestes, les motivations dépassent largement l’aspect économique. « C’est une manière de reprendre la main sur notre avenir énergétique », souligne un membre du collectif. Les bénéfices incluent aussi la création d’emplois locaux et le renforcement des compétences territoriales.
À Andilly-les-Marais, en Charente-Maritime, la municipalité a refusé un projet privé avant de privilégier une coopérative citoyenne. Résultat, 350 habitants se sont associés à la société Valorem pour monter un parc opérationnel depuis 2024. « L’avantage, c’est la transparence. Les riverains sont consultés, informés, et leurs craintes prises en compte », précise David Clausse, directeur d’Energ’iV.
Pourtant, l’éolien citoyen ne fait pas toujours l’unanimité. À Riaillé, près de Nantes, un projet porté par 800 habitants est bloqué par des recours judiciaires. Les opposants invoquent des nuisances paysagères et sonores, ainsi que des risques pour la faune. Malgré ces obstacles, les promoteurs maintiennent leur engagement. « Notre priorité, c’est la transition écologique, pas le profit », insiste Philippe Branchereau, l’un des initiateurs.
À Martigné-Ferchaud, après quatre ans de procédures, les éoliennes de Féeole tourneront enfin en mai. Pour les citoyens impliqués, c’est l’aboutissement d’un combat long mais gratifiant. La preuve qu’une énergie propre et démocratique est possible.