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L’Ennedi tchadien révèle les secrets millénaires du Sahara vert

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Une mission archéologique inédite explore les vestiges d’une époque humide dans le massif désertique de l’Ennedi. Les chercheurs documentent pour la première fois la chronologie des occupations humaines de cette région classée au patrimoine mondial.

Au cœur du massif gréseux de l’Ennedi, une équipe scientifique tchadienne mène des investigations minutieuses pour retracer l’histoire ancienne de ce territoire aujourd’hui désertique. Les chercheurs procèdent à des sondages stratigraphiques sur le site de Gaora Hallagana, où chaque couche de sable prélevée livre des indices sur les civilisations passées. Fragments de poteries et restes carbonisés émergent progressivement des abris sous-roche, témoignant d’une occupation humaine remontant à plusieurs millénaires.

Cette campagne de fouilles, menée à proximité de la ville de Fada, réunit archéologues et géologues des universités de N’Djamena et d’Abéché. Elle constitue la première étape d’un vaste programme visant à établir la chronologie complète du peuplement de cette région. La réserve naturelle et culturelle de l’Ennedi, sanctuaire de plus de 50 000 kilomètres carrés, abrite un patrimoine archéologique exceptionnel comprenant des dizaines de milliers de gravures et peintures rupestres.

Selon les estimations des experts, moins du quart des sites potentiels aurait été répertorié à ce jour. L’accès difficile à certains ensembles rocheux, combiné à l’histoire tumultueuse de cette zone frontalière, explique en partie le retard documentaire. La région fut en effet le théâtre de conflits armés jusqu’aux années 1990, entraînant une interruption prolongée des recherches scientifiques.

Les représentations artistiques découvertes sur les parois rocheuses dépeignent un environnement radicalement différent du paysage actuel. Des troupeaux de bovins domestiques, des hippopotames et des girafes figurent parmi les motifs récurrents, confirmant l’existence passée d’un écosystème humide et verdoyant. Cette période, qualifiée de « Sahara vert », s’étendrait entre 10 000 et 3 000 ans avant notre ère.

Les analyses préliminaires des artefacts exhumés suggèrent une présence humaine remontant à au moins 7 000 ans avant notre ère. Les prochaines étapes du programme de recherche incluront des datations au carbone 14 et des fouilles extensives pour mieux comprendre l’adaptation des populations face à l’aridification progressive de la région.

La valorisation de ce patrimoine unique s’inscrit dans une perspective de développement touristique raisonné. Les autorités tchadiennes et l’ONG African Parks, gestionnaire de la réserve, envisagent un plan de mise en valeur devant concilier préservation scientifique et attractivité économique. Le défi reste toutefois considérable dans cette région enclavée, dépourvue d’infrastructures et classée en zone rouge par les autorités diplomatiques.

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