Monde
L’éducation palestinienne à l’épreuve de la paralysie budgétaire
La scolarité de centaines de milliers d’enfants en Cisjordanie est gravement compromise par une crise financière persistante, réduisant drastiquement le temps d’enseignement et hypothéquant leur avenir.
À Naplouse, comme dans de nombreuses villes de Cisjordanie, les salles de classe des établissements publics restent désespérément vides plusieurs jours par semaine. Pour des centaines de milliers d’élèves, le rythme scolaire normal n’est plus qu’un souvenir. La semaine d’école, réduite à trois jours sur cinq, illustre l’ampleur d’une crise financière qui asphyxie le système éducatif palestinien. Cette situation place les familles devant un dilemme angoissant, entre l’instruction de leurs enfants et la survie économique quotidienne.
Les conséquences sur les apprentissages sont déjà tangibles. Les enseignants et les directeurs d’école observent une dégradation rapide des niveaux, particulièrement dans les classes fondamentales où la maîtrise de la lecture et de l’écriture se construit. L’irrégularité du calendrier scolaire perturbe la concentration des élèves et mine la discipline nécessaire à tout environnement éducatif. De nombreux professeurs, confrontés à des salaires amputés et à des conditions de travail dégradées, ont été contraints de quitter leur métier.
Cette paralysie trouve son origine dans une crise de liquidités aiguë qui frappe l’Autorité palestinienne. Celle-ci, privée d’une partie substantielle de ses revenus fiscaux, ne peut plus assurer le fonctionnement normal des services publics. Le secteur de l’éducation, qui représente un poste budgétaire majeur, est en première ligne. Les familles les plus modestes se retrouvent dans l’impossibilité de compenser ces carences par des cours de soutien privés, creusant davantage les inégalités.
La situation n’est guère plus favorable dans les établissements gérés par les agences internationales. Les écoles de l’UNRWA, traditionnellement considérées comme des piliers éducatifs dans les camps de réfugiés, font face à des défis similaires, aggravés par un contexte sécuritaire volatile. Les perturbations liées aux opérations militaires et aux mouvements de population ont encore alourdi le bilan, privant certains élèves de près de la moitié de leur temps d’instruction sur l’année.
Au-delà des chiffres et des rapports, c’est le devenir d’une génération entière qui se joue. Les enseignants, dont la vocation est de préparer l’avenir, décrivent un sentiment d’impuissance face à la dégradation constante de la situation. L’accumulation des obstacles – financiers, logistiques, sécuritaires – crée un environnement où l’acte d’apprendre devient un parcours semé d’embûches. L’inquiétude est palpable quant aux capacités de ces jeunes à construire, demain, une vie professionnelle et personnelle épanouie sur des bases scolaires aussi fragilisées.
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