Monde
Le procureur général espagnol face à la justice dans une affaire de divulgation illicite


Pour la première fois dans l’Espagne démocratique, la plus haute autorité du ministère public comparaît devant le Tribunal suprême pour des accusations de violation du secret de l’instruction, dans un contexte politique particulièrement tendu.
L’audience historique s’ouvre ce lundi devant le Tribunal suprême espagnol, où le procureur général Álvaro García Ortiz devra répondre d’accusations de divulgation d’informations confidentielles. Le magistrat est soupçonné d’avoir transmis à des médias un courrier électronique relatif à une enquête fiscale concernant le conjoint de la présidente de la région de Madrid, Isabel Díaz Ayuso, figure éminente du Parti populaire.
Cette procédure judiciaire intervient dans un climat politique déjà marqué par plusieurs affaires touchant l’entourage du chef du gouvernement Pedro Sánchez. Le Premier ministre socialiste, qui avait nommé M. García Ortiz à ses fonctions en 2022, voit cette mise en examen s’ajouter à d’autres dossiers sensibles impliquant des proches collaborateurs et membres de sa famille.
L’affaire remonte au printemps 2024, lorsque plusieurs organes de presse avaient publié le contenu d’une communication confidentielle émanant de l’avocat d’Alberto González Amador, compagnon de Mme Díaz Ayuso. Ce courrier proposait une reconnaissance de culpabilité pour fraude fiscale présumée, portant sur un montant de 350 000 euros durant la période pandémique. La révélation de ces éléments pouvait compromettre l’image publique de l’intéressé et, par extension, celle de la dirigeante madrilène.
La défense du procureur général conteste fermement ces accusations, évoquant une manœuvre politique destinée à détourner l’attention des irrégularités fiscales alléguées. Le parquet du Tribunal suprême lui-même requiert la relaxe, considérant l’infraction non constituée. À l’inverse, les parties civiles, dont le parti Vox et plusieurs associations, réclament une peine pouvant atteindre six années d’emprisonnement.
L’issue de ce procès, attendue pour le 13 novembre, pourrait entraîner des conséquences institutionnelles majeures. Une condamnation obligerait le procureur général à quitter ses fonctions, provoquant une crise au sein du ministère public et représentant un revers significatif pour l’exécutif en place.





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