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Le pèlerinage afrikaner, un rituel scruté depuis Washington

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_**À Pretoria, la commémoration annuelle du « Jour du serment » a rassemblé des milliers de descendants de colons. Cette cérémonie, dont la symbolique résonne avec certains récits fondateurs américains, intervient dans un contexte où la communauté afrikaner se sent mise en cause et trouve des échos inattendus dans la politique étrangère des États-Unis.**_

Devant le monument des Voortrekkers qui domine la capitale sud-africaine, une foule s’est réunie ce mardi pour un rituel annuel. Les participants célèbrent la victoire de leurs ancêtres sur les troupes zouloues en 1838, un événement commémoré chaque 16 décembre depuis un vœu prononcé avant la bataille. Pour beaucoup d’observateurs, la dimension mythologique de cette cérémonie présente des similitudes frappantes avec d’autres épopées coloniales, notamment la « Destinée manifeste » qui a guidé l’expansion vers l’ouest des États-Unis.

Les habits traditionnels portés par certains contrastent avec les tenues décontractées de la majorité des familles présentes. Un jeune mécanicien, venu pour la première fois avec sa compagne, explique que cet événement représente pour lui un acte d’affirmation culturelle et linguistique. Il évoque un sentiment de vulnérabilité partagé par une partie de sa communauté, un sentiment récemment relayé et amplifié par des déclarations venues de l’étranger.

L’administration américaine actuelle a en effet manifesté un intérêt singulier pour le sort des Afrikaners. Cet intérêt s’est concrétisé par l’annulation d’une visite officielle du vice-président américain au monument le mois dernier, puis par des mesures diplomatiques affectant la participation sud-africaine aux travaux du G20. Ces prises de position s’appuient sur une narration alarmiste concernant la sécurité des populations d’origine européenne dans le pays.

Des historiens interrogés sur le sujet établissent un parallèle entre les récits identitaires. Ils soulignent que les migrations des Huguenots vers le Cap au XVIIe siècle et celles des Pères pèlerins vers l’Amérique procédaient de motivations similaires, s’inscrivant dans une même vague de peuplement. Cette grille de lecture, selon certains universitaires, permet de comprendre la fascination d’une frange de la droite nationaliste américaine pour la situation sud-africaine, perçue comme un théâtre où s’exprimeraient des tensions raciales globales.

La date du 16 décembre, restée jour férié, a été renommée « Jour de la réconciliation » après la fin de l’apartheid. Ce changement de dénomination n’a pas altéré la ferveur des participants à la cérémonie annuelle. Certains parmi eux dénoncent ce qu’ils considèrent comme un déni des violences subies par les agriculteurs, un thème récurrent dans les discours communautaires.

Les statistiques officielles de la police sud-africaine, qui ne distinguent pas les victimes selon leur origine ethnique, indiquent que les homicides en milieu rural représentent une fraction marginale des meurtres commis à l’échelle nationale. Pour des chercheurs, la focalisation sur ces chiffres relève moins d’une analyse criminelle que d’une anxiété identitaire, un phénomène où la perception d’une menace culturelle l’emporte souvent sur l’évaluation des risques objectifs. Ce schéma, notent-ils, n’est pas sans rappeler des rhétoriques du passé.

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