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Culture

Le Musée de l’Innocence, une fiction devenue sanctuaire à Istanbul

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_**À l’occasion de l’adaptation du roman d’Orhan Pamuk par Netflix, le lieu unique imaginé par le prix Nobel attire un public toujours plus nombreux, venu découvrir l’incarnation matérielle d’une histoire d’amour obsessionnelle.**_

Dans une rue discrète du quartier de Çukurcuma, un bâtiment de couleur rouge abrite une collection pour le moins singulière. Sur l’un de ses murs sont scrupuleusement alignés des milliers de mégots de cigarettes, chacun portant la trace d’un rouge à lèvres. Ces reliques constituent le point de départ d’un parcours muséal hors norme, directement inspiré du roman à succès d’Orhan Pamuk, « Le Musée de l’Innocence ». Ce lieu, conçu par l’écrivain lui-même, offre une traduction concrète et immersive de son œuvre.

Le récit suit la dérive sentimentale de Kemal, un jeune bourgeois d’Istanbul des années 1970, hanté par le souvenir de son amour perdu, Füsun. Sa mélancolie se transforme en une quête méthodique pour rassembler les moindres objets ayant appartenu à sa bien-aimée. Le musée, organisé en quatre-vingt-trois vitrines correspondant aux chapitres du livre, expose ainsi un inventaire poignant de cette passion. Des tickets de cinéma aux flacons de parfum, en passant par des vêtements et des photographies, chaque élément témoigne d’une époque et d’une obsession.

L’annonce de l’adaptation du roman en série par la plateforme Netflix a considérablement accru l’affluence dans ces salles aux escaliers de bois étroits. La fréquentation, qui dépasse désormais les cinq cents visiteurs certains jours, devrait encore s’intensifier. Pour de nombreux admirateurs du livre, venir sur place équivaut à pénétrer dans l’univers du roman. Certains se présentent même avec l’ouvrage en main, qui leur offre un droit d’entrée gratuit grâce à un billet imprimé dans ses pages.

Orhan Pamuk, qui se définit comme un collectionneur invétéré, a supervisé chaque détail de ce projet, ouvert en 2012. Il explique avoir souvent construit ses récits à partir d’objets glanés, leur conférant ainsi une épaisseur historique et émotionnelle. Cette démarche trouve son aboutissement dans ce musée, qui transcende la simple exposition pour devenir une extension narrative de la fiction.

L’engouement dépasse largement les frontières turques. Des visiteurs du monde entier, ayant découvert le roman dans l’une de ses soixante traductions, arpentent les salles. L’attente est également palpable concernant la série à venir, dont l’écrivain a personnellement validé le scénario après une collaboration étroite avec la production. Cette adaptation s’inscrit dans le dynamisme remarquable des productions audiovisuelles turques, désormais exportées dans plus de cent soixante-dix pays.

Entre les murs de cette maison-musée, la frontière entre la réalité et la fiction semble délibérément brouillée. Les objets, soigneusement mis en scène, ne racontent pas seulement une histoire d’amour. Ils évoquent aussi les transformations sociales d’Istanbul et la puissance de la mémoire, fût-elle inventée, à cristalliser le passé et à émouvoir le présent.

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