Nous rejoindre sur les réseaux

Monde

Le mirage yéménite se dissipe pour les exilés somaliens

Article

le

Après avoir espéré un avenir meilleur dans les monarchies du Golfe, des milliers de migrants somaliens se retrouvent piégés dans un Yémen en ruine, poussant nombre d’entre eux à choisir un retour volontaire vers leur pays d’origine.

Dans le sud du Yémen, à Aden, une vaste zone urbaine délabrée abrite une communauté somalienne importante. Les conditions de vie y sont extrêmement précaires, sans accès régulier à l’eau ou à l’électricité, dans un environnement marqué par les séquelles du conflit. Cet espace, parfois surnommé « Petit Mogadiscio », constitue pourtant une étape cruciale dans le parcours de nombreux migrants. Originaires de la Corne de l’Afrique, ils ont traversé le golfe d’Aden avec l’espoir de rejoindre les marchés du travail saoudien ou émirati, mais se heurtent à des frontières de plus en plus contrôlées.

La réalité sur place est celle d’une économie exsangue, où les opportunités se font rares. Les hommes se postent quotidiennement le long des artères de la ville, en quête de la moindre tâche rémunérée. Certains parviennent à obtenir de menus travaux, comme le lavage de voitures, pour des salaires dérisoires. D’autres sont contraints de chercher leur subsistance dans les déchets. Cette précarité affecte l’ensemble des familles, laissant souvent les enfants sans scolarisation et les foyers dans une insécurité alimentaire chronique.

Face à cette impasse, un mouvement de retour s’amplifie. Des organisations internationales ont mis en place des programmes d’aide au rapatriement volontaire, offrant un billet d’avion et une assistance financière pour faciliter la réinstallation. Ces dispositifs répondent à une demande croissante de la part de migrants désillusionnés, qui constatent l’absence de perspectives dans un Yémen toujours englué dans une crise économique profonde, malgré une trêve fragile.

Le parcours d’Abdallah Omar est emblématique de ces désillusions. Après avoir investi ses économies dans une traversée périlleuse il y a un an, ce père de famille s’est retrouvé dans l’impossibilité de poursuivre son voyage. Confronté à la pénurie d’emplois, il a finalement opté pour un retour organisé vers la Somalie à la fin du mois d’octobre, jugeant la situation intenable. Son témoignage reflète un sentiment partagé par beaucoup, résumé par l’absence de travail, de revenus et d’éducation pour les plus jeunes.

Paradoxalement, cet exode vers le Yémen ne faiblit pas. Les arrivées depuis Djibouti et la Somalie ont même connu une hausse significative récemment, selon les données des agences onusiennes. Les migrants continuent de fuir l’instabilité et la violence persistante en Somalie, où les shebab maintiennent leur emprise sur de larges territoires. Le Yémen, bien que ravagé, reste perçu comme un corridor potentiel vers une vie meilleure.

Pour ceux qui ont passé des décennies sur place, la décision de rentrer est souvent douloureuse et complexe. Certains, comme l’entrepreneur Ahmed Abou Bakr Marzouk, ont bâti leur vie au Yémen et y ont fondé une famille. Mais la dégradation économique des dernières années, marquée par l’effondrement de la monnaie locale, a anéanti leurs activités. Le retour devient alors un choix par défaut, parfois teinté d’un espoir de revenir si la situation au Yémen s’améliore durablement. Ces départs volontaires dessinent ainsi les contours d’une double impasse, où ni le pays d’accueil ni le pays d’origine n’offrent de stabilité certaine.

Click to comment

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Les + Lus