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Le grenier à graines de l’ONF, un trésor forestier face au défi climatique

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_**Dans le Jura, une sécherie unique en France assure la préservation et la maturation de semences destinées à régénérer les forêts nationales, alors que le réchauffement menace la pérennité des essences traditionnelles.**_

Au cœur du massif jurassien, une ancienne ferme abrite un patrimoine d’une valeur inestimable pour la forêt française. C’est ici que l’Office national des forêts a établi sa sécherie, un site stratégique où sont traitées et conservées les semences qui produiront la moitié des arbres plantés sur le territoire national. Dans ce vaste bâtiment de bois, des milliers de cônes de résineux et de samares d’érable achèvent leur séchage sur trois niveaux, sous la surveillance d’une équipe de onze spécialistes.

Cette installation constitue un maillon indispensable dans la chaîne de renouvellement des peuplements forestiers. Alors que plus de sept arbres sur dix se régénèrent encore naturellement dans les forêts publiques, les effets du changement climatique rendent de plus en plus nécessaire le recours à la plantation. L’objectif est de garantir la disponibilité d’au moins soixante-dix essences différentes, afin de diversifier les massifs et de renforcer leur résilience.

La forêt de La Joux, autrefois réputée pour ses majestueux sapins, illustre l’urgence de cette mission. De nombreux sujets alentour portent les marques d’attaques de scolytes, des insectes ravageurs dont la prolifération est favorisée par les épisodes de sécheresse. Pour reconstituer ces parcelles, l’ONF puise dans ses réserves de graines et introduit des espèces variées, comme le tulipier de Virginie ou le cèdre de l’Atlas, aux côtés des essences locales.

La collecte des semences s’effectue sur l’ensemble du territoire, dans des vergers à graines de l’État pour les résineux et dans des peuplements sélectionnés pour les feuillus. Les méthodes de récolte et de traitement sont adaptées à chaque espèce. Les glands de chêne, par exemple, sont soumis à un bain d’eau chaude pour prévenir le développement de champignons, avant d’être entreposés au froid. Les cônes de résineux, quant à eux, sont placés dans des fours à basse température pour en extraire délicatement chaque graine, une opération cruciale où chaque semence compte.

Les techniciens observent toutefois des signes préoccupants, comme une baisse du taux de remplissage des cônes depuis plusieurs années, probablement liée aux stress hydriques successifs. Au laboratoire annexe, chaque lot est rigoureusement analysé selon des normes internationales, évaluant sa pureté, son poids et sa capacité germinative. Dans ce discret grenier du Jura repose ainsi une part essentielle de l’avenir des forêts françaises, entre conservation d’un patrimoine génétique et adaptation à un environnement en mutation.

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