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L’art de la broderie, une voie vers l’autonomie pour les femmes afghanes

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Dans un pays où les opportunités professionnelles pour les femmes sont extrêmement restreintes, une jeune entrepreneure de Bamiyan a su transformer son savoir-faire en un outil d’émancipation économique et sociale.

Au cœur de la province de Bamiyan, une petite boutique est devenue le symbole d’une résilience silencieuse. Rahima Alavi, âgée de vingt-deux ans, y exerce son métier de brodeuse avec une application remarquable. Sous ses doigts, des motifs floraux délicats prennent vie sur des étoffes, métamorphosant des pièces de tissu en objets de valeur. Cette activité artisanale, qu’elle a acquise au terme d’une formation, constitue aujourd’hui l’unique source de revenus pour sa famille, lui permettant de subvenir aux besoins de ses parents et de ses trois sœurs.

Le parcours de cette jeune femme reflète les difficultés rencontrées par de nombreuses Afghanes. Originaire d’une zone rurale, sa famille avait tenté sa chance en Iran, espérant y trouver de meilleures conditions de vie. Après y avoir exercé des travaux agricoles précaires, elle a dû faire face à un retour forcé en Afghanistan, un pays transformé où les perspectives d’emploi pour les femmes se sont considérablement amenuisées. La période qui a suivi son retour a été marquée par un profond sentiment d’impuissance, partagé par des centaines de milliers de rapatriés.

C’est dans ce contexte qu’une initiative de formation soutenue par une agence des Nations unies a représenté une bouée de sauvetage. Sélectionnée parmi vingt-six candidates, Rahima a pu perfectionner son art de la broderie. Son instructrice se souvient d’une élève particulièrement douée et déterminée, capable de maîtriser rapidement les techniques enseignées. À l’issue du programme, un soutien matériel, incluant une machine à coudre et du matériel de base, lui a été accordé, complété par une aide financière pour l’acquisition d’un panneau solaire, une ressource vitale dans une région sujette à des coupures d’électricité fréquentes.

Grâce à ce capital de départ, elle a pu ouvrir son propre atelier-boutique au début de l’année. Elle y propose désormais ses créations, allant de la décoration de vêtements à la confection d’accessoires pour des entreprises. Son activité, bien que modeste, lui assure une autonomie financière et une reconnaissance sociale inestimables. Elle incarne ainsi le succès d’un modèle d’insertion professionnelle qui reste malheureusement l’exception. Les statistiques officieuses indiquent en effet qu’une infime minorité des femmes revenues d’exil parvient à accéder à un emploi stable ou à créer une entreprise.

Le programme qui l’a formée est aujourd’hui suspendu à Bamiyan, une conséquence de la réduction générale de l’aide internationale. Son ancienne professeure, désormais sans emploi, et Rahima elle-même lancent un appel pour sa relance, soulignant le besoin crucial de telles initiatives. Elles offrent non seulement des compétences mais aussi un espoir tangible à une population féminine confrontée à de multiples restrictions. Le financement de ces projets demeure toutefois un défi majeur, les fonds disponibles étant largement insuffisants au regard des besoins identifiés.

Le message de Rahima à ses compatriotes est sans équivoque. Elle les encourage à saisir toutes les opportunités de formation et à ne pas renoncer à une activité professionnelle. Dans son modeste commerce, chaque point de broderie est une affirmation de sa liberté retrouvée. Sur une écharpe qu’elle destine à son usage personnel, des papillons mauves, motif qu’elle a choisi, semblent s’envoler, illustrant métaphoriquement sa propre quête d’indépendance.

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