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L’agonie nocturne de Guayaquil sous l’emprise des gangs

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La capitale économique équatorienne voit sa vie sociale étouffée par un système d’extorsion généralisé, contraignant établissements et citoyens à se replier vers des enclaves sécurisées.

Guayaquil, poumon économique de l’Équateur, subit une métamorphose forcée sous la pression des réseaux criminels. Les nuits jadis animées de cette ville portuaire se sont éteintes, remplacées par une atmosphère de défiance et de contrôle mafieux. Les commerces de divertissement, autrefois symboles de vitalité urbaine, ferment les uns après les autres, incapables de faire face aux demandes récurrentes de paiement illicites.

Un restaurateur témoigne sous couvert d’anonymat avoir dû abandonner son activité après avoir été soumis à des exigences financières toujours plus élevées. Contraint de se reconvertir comme chauffeur, il incarne le destin de nombreux entrepreneurs confrontés à l’impuissance des autorités. Les chiffres officiels, pourtant alarmants, ne reflètent qu’imparfaitement l’ampleur du phénomène, une majorité de victimes renonçant à porter plainte par crainte de représailles.

Les méthodes d’intimidation employées par les groupes criminels vont des menaces directes jusqu’à des actions violentes ciblées. Plusieurs établissements refusant de coopérer ont été la cible d’attaques armées ou d’actes de sabotage, dont des dépôts d’explosifs. Ces événements ont accéléré l’exode des night-clubs et bars vers des zones résidentielles fermées, équipées de systèmes de surveillance et de gardes privés.

Aujourd’hui, la vie nocturne résiduelle se concentre dans des quartiers sécurisés, accessibles uniquement à une clientèle aisée. Les propriétaires qui persistent doivent s’acquitter de sums importantes pour garantir une protection, facturée jusqu’à plusieurs milliers de dollars selon la taille des lieux. Cette privatisation de la sécurité creuse davantage le fossé social et spatial au sein de la ville.

Les habitants modifient leurs habitudes, évitant les sorties dans le centre-ville au profit de zones périphériques considérées comme moins risquées. Beaucoup expriment un sentiment d’insécurité permanent, évoquant la crainte des violences aléatoires et l’impossibilité de profiter sereinement de l’espace public. Guayaquil, jadis réputée pour son ambiance festive, devient progressivement une ville fragmentée où la peur dicte les comportements.

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