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Faits Divers

L’affaire de la crèche de Lyon, un procès sous le sceau de la douleur

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_**Devant la cour d’assises de l’Ain, les parents d’une fillette décédée ont supplié les jurés de ne pas se laisser distraire par les questions organisationnelles et de regarder en face l’accusée, décrite comme « le mal incarné ».**_

Les mots du père et de la mère, prononcés jeudi, ont glacé l’audience. Ils ont imploré la justice de concentrer son attention sur l’acte et son auteure, une auxiliaire de puériculture jugée en appel pour le décès de leur enfant. La fillette de onze mois est morte en juin 2022, quelques heures après avoir ingéré une quantité importante d’un déboucheur pour canalisations dans l’établissement privé qui l’accueillait.

Lors de ce deuxième procès, la défense de l’accusée, Myriam Jaouen, et les déclarations d’anciens responsables de la structure ont évoqué des conditions de travail difficiles et des lacunes dans le recrutement. La directrice de l’époque a reconnu une part de responsabilité pour avoir embauché une personne jugée inexpérimentée. Les parents ont fermement rejeté toute digression sur ce thème. « On ne veut pas de débat sur les crèches », a lancé la mère, estimant que cela reviendrait à diluer la gravité des faits.

L’audience a été marquée par le récit détaillé et déchirant des derniers instants de l’enfant. La mère a décrit l’attente à l’hôpital, le moment où les soignants les ont conduits auprès de leur fille, son corps brûlé. Elle a évoqué les chants murmurés pour un dernier adieu, dans un silence de cathédrale que seuls ses sanglots ont troué. Plusieurs jurés et magistrats n’ont pu retenir leurs larmes.

Les faits, reconstitués lors des débats, sont d’une brutalité glaçante. Le matin du drame, l’accusée, seule pour accueillir les premiers enfants, a administré le produit corrosif à la fillette, selon ses propres aveux, pour la faire taire. Elle a ensuite tenté de maquiller la scène en badigeonnant son pantalon de peinture, prétendant dans un premier temps à des parents témoins que l’enfant avait avalé de la gouache. Les expertises médicales ont établi que l’ingestion d’une telle quantité de substance acide ne pouvait être accidentelle et supposait une contention forcée.

Condamnée en première instance à vingt-cinq ans de réclusion pour tortures et actes de barbarie, Myriam Jaouen est rejugée pour meurtre, un chef qui implique l’intention de donner la mort. La peine encourue est désormais la réclusion criminelle à perpétuité. À la barre, elle a maintenu, entre deux pleurs, ne pas avoir voulu tuer et avoir ignoré la dangerosité extrême du produit. Une version que contredisent les enquêteurs et les experts, qui soulignent la connaissance commune des risques et la formation obligatoire aux dangers des produits d’entretien dans le secteur de la petite enfance.

Le père de la victime a rejeté avec force les arguments sur l’immaturité ou les difficultés intellectuelles de l’accusée, avancés par la défense. « Même un fou ne serait pas capable de faire ça et de monter une mise en scène », a-t-il murmuré. Pour lui et son épouse, seule compte désormais la qualification de meurtre, garante d’une peine incompressible. Ils redoutent, dans le cas contraire, une libération anticipée de celle qu’ils nomment « le monstre » ayant détruit leur vie.

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