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La rue, un électorat invisible à la veille des municipales parisiennes

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Alors que la campagne pour les élections municipales bat son plein à Paris, les personnes sans domicile fixe, confrontées à l’urgence de leur survie quotidienne, demeurent largement en marge du débat démocratique. Pourtant, la question du mal-logement s’est imposée comme un thème central de la consultation.

Sur le campement de la Bastille, l’attention est davantage tournée vers la recherche d’un abri et d’un repas que vers les programmes des candidats. Pour beaucoup, le sentiment d’abandon par les institutions est tel qu’il éteint tout intérêt pour le scrutin. Seule une infime minorité, principalement parmi les personnes de nationalité française, envisage de se rendre aux urnes, y voyant un ultime lien avec la société civile.

La période récente, marquée par un épisode de grand froid en Île-de-France, a contribué à placer la prise en charge des personnes à la rue au cœur des préoccupations. Plusieurs candidats ont intégré cette thématique à leur discours. Des promesses ont été formulées, allant de l’engagement à ce qu’aucun enfant ne dorme dehors à l’hiver 2026, à des visites controversées dans des campements, suscitant parfois l’indignation des concernés.

Les associations spécialisées observent toutefois une évolution. Le fait que la question du sans-abrisme acquière une telle visibilité dans le débat public constitue à leurs yeux un premier pas significatif. Cette médiatisation intervient dans un contexte où la situation s’est dégradée, avec une augmentation notable du nombre de personnes recensées à la rue ces dernières années, malgré un effort accru en matière d’hébergement d’urgence.

Face à cette réalité, un collectif d’une trente d’associations a soumis aux candidats un plan détaillé en douze points. Ce projet, chiffré, propose la création de milliers de places d’hébergement supplémentaires et de nouveaux centres de santé, en arguant qu’une prise en charge pérenne est moins coûteuse pour la collectivité que la gestion dans l’urgence. Une candidate a d’ores et déjà annoncé son intention de s’en inspirer.

La participation directe au vote reste néanmoins un obstacle pour de nombreuses personnes sans abri, en raison de l’absence de domicile fixe ou de papiers d’identité. Pour pallier cette exclusion, des organisations ont organisé une audition publique, permettant à des personnes en situation de grande précarité d’interpeller directement les prétendants à la mairie. L’objectif est de former ces citoyens à la compréhension des enjeux municipaux et à la formulation de leur témoignage, sans influencer leurs choix.

Le parcours de certaines figures engagées dans ce combat illustre ce long chemin vers la réappropriation de la citoyenneté. D’une méconnaissance totale des mécanismes du vote, elles sont devenues des interlocutrices reconnues des responsables politiques, portant la voix de ceux que l’on n’entend habituellement pas. Le vote apparaît ainsi moins comme un acte spontané que comme l’aboutissement d’un processus de réinsertion sociale et de rencontres.

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