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Économie

La Pologne, de la pénurie à la puissance économique

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En trois décennies, la nation a opéré une métamorphose spectaculaire, passant d’une économie planifiée exsangue au statut de moteur européen et de vingtième puissance mondiale, une ascension qui s’accompagne désormais de défis démographiques et structurels.

Lorsque l’ancien leader syndical Lech Walesa évoquait, au début des années 1980, une ambition de prospérité comparable à celle du Japon, le propos pouvait sembler démesuré. La réalité d’aujourd’hui dépasse pourtant cette vision. Le pays, qui célèbre cette année trente-cinq ans de transition post-communiste, a connu une trajectoire de croissance continue, sans aucune récession annuelle depuis 1989. Son produit intérieur brut par habitant, mesuré en parité de pouvoir d’achat, est désormais supérieur à celui de l’archipel nippon et avoisine les quatre-vingts pour cent de la moyenne de l’Union européenne.

Cette expansion, l’une des plus vigoureuses du continent, repose sur plusieurs piliers. Les observateurs soulignent la combinaison d’une main-d’œuvre initialement qualifiée et compétitive, d’une volonté collective farouche de rattrapage et d’une utilisation efficace des fonds structurels européens après l’adhésion en 2004. Les petites et moyennes entreprises, modernisées grâce à ces investissements, constituent aujourd’hui l’épine dorsale d’une économie dynamique. Les infrastructures, des autoroutes au réseau numérique, ont été largement renouvelées, transformant le paysage urbain et facilitant les échanges.

Le sentiment de réussite est palpable parmi la population. Près de sept Polonais sur dix se déclarent satisfaits de leur situation matérielle, un niveau record. Le taux de chômage, tombé autour de trois pour cent, confirme la robustesse du marché du travail. Cette vitalité économique place désormais Varsovie au seuil du G20, le club des grandes économies mondiales, et lui permet d’afficher une certaine indépendance, notamment sur la question de l’adoption de l’euro, à laquelle elle ne souscrit pas.

Cette success story n’est pourtant pas exempte d’inquiétudes. Les experts pointent plusieurs vulnérabilités. La plus aiguë est démographique. Avec un indice de fécondité parmi les plus bas d’Europe, autour de 1,1 enfant par femme, le pays fait face à un déclin prévisible de sa population, qui pourrait tomber à trente millions d’habitants d’ici le milieu du siècle. Cette évolution menace à terme le modèle de croissance, fondé sur une main-d’œuvre abondante, et interroge les réticences politiques face à l’immigration.

D’autres ombres au tableau persistent. Le poids des dépenses sociales dans le budget public, la proximité du conflit ukrainien, qui peut refroidir certains investisseurs, et un niveau d’investissement dans la recherche et l’innovation encore insuffisant au regard des standards européens, alimentent un phénomène d’exode des cerveaux. Malgré ces défis, l’optimisme demeure. Les pouvoirs publics et le secteur privé envisagent déjà de nouveaux grands projets, des centrales nucléaires à l’industrie spatiale, destinés à hisser l’économie vers des activités à plus forte valeur ajoutée. Le miracle polonais, s’il doit se pérenniser, entre ainsi dans une phase nouvelle, plus exigeante.

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