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La mémoire des corps, l’éthique des vivants

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Le Mütter Museum de Philadelphie, temple de l’histoire médicale, se confronte à la question délicate de l’exposition des restes humains et renouvelle sa démarche muséale.

Au cœur de Philadelphie, le Mütter Museum conserve l’une des collections médicales les plus singulières au monde. Crânes, fœtus, organes conservés dans le formol ou moulages de cire pathologiques y sont présentés depuis 1863, héritage du chirurgien Thomas Mütter. Mais depuis quelques années, l’institution est traversée par un débat fondamental sur la légitimité et les conditions de monstration de ces vestiges humains.

L’établissement, qui attire plus de 130 000 visiteurs annuels, détient près de 6 000 spécimens biologiques sur un total de 35 000 pièces. Certains proviennent de dons, comme ce cœur hypertrophié offert par son receveur, d’autres furent acquis à une époque où le consentement des patients n’était pas systématiquement requis. Face à cette histoire complexe, la direction a initié en 2023 le « Post Mortem Project », une réflexion collective sur la manière d’exposer ces restes avec respect et contextualisation.

La polémique a éclaté lorsque le musée a temporairement retiré certaines vidéos et expositions numériques, jugées parfois trop légères dans le ton. Une pétition rassemblant plus de 35 000 signatures a alors réclamé le maintien des collections et critiqué ce qui fut perçu comme une forme de censure. D’anciens responsables s’inquiétaient de voir remis en cause le caractère pédagogique et historique de l’institution.

Aujourd’hui, le musée avance avec prudence. Sous l’impulsion de sa nouvelle codirection, près de 80 % des contenus en ligne ont été restaurés. Surtout, une attention particulière est désormais portée à restituer l’identité et l’histoire des personnes dont les corps sont exposés. Les visiteurs peuvent ainsi découvrir le parcours de Mary Ashberry, dont le squelette est présenté, ou comprendre l’histoire derrière le « méga côlon » de Joseph Williams.

Il ne s’agit pas, assure la direction, de censurer ou de effacer, mais d’exposer avec humanité et rigueur scientifique. L’enjeu est de concilier la fascination légitime du public pour l’anatomie humaine et le devoir de respect envers les défunts. Le Mütter Museum s’efforce ainsi d’écrire une nouvelle page de son histoire, sans renier son passé, mais en l’éclairant d’une lumière plus juste et plus consciente.

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