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La facture électrique plonge la Syrie dans l’inquiétude

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La décision des autorités de multiplier par soixante le coût de l’énergie suscite un mécontentement croissant parmi une population déjà éprouvée par des années de conflit.

Dans la banlieue de Damas, Ghassan Aama exerce son métier de forgeron avec amertume. Comme de nombreux Syriens, il conteste la récente augmentation des tarifs de l’électricité, décrétée par le gouvernement près d’un an après le changement de régime. Cet artisan aux cheveux blancs s’interroge sur sa capacité à faire face à des factures d’énergie désormais prohibitives, alors que ses revenus demeurent modestes. Le ministère de l’Énergie a officialisé fin octobre une multiplication par soixante du prix du kilowattheure, une mesure qui affecte l’ensemble de la population.

Les espoirs nés de la fin du conflit semblent s’éloigner face à cette décision. Beaucoup anticipaient une amélioration des conditions de vie après plus de treize années de guerre dévastatrice. La détérioration du réseau électrique national oblige déjà les habitants à souscrire des abonnements coûteux pour des générateurs privés, en raison de coupures quotidiennes prolongées. Les nouvelles autorités, qui ont rompu l’isolement diplomatique du pays, justifient cette politique par la nécessité de reconstruire des infrastructures dont le coût est estimé à plus de 216 milliards de dollars.

Cette orientation s’inscrit dans un mouvement plus large de libéralisation économique. Les observateurs notent que le gouvernement réduit progressivement les subventions, suivant une logique initiée sous l’ancien régime mais amplifiée aujourd’hui. Le secteur de l’énergie constitue le premier domaine concerné par ce changement de cap. Pour les Syriens, cette transition s’effectue dans un contexte économique dramatique, où la majorité de la population vit sous le seuil de pauvreté et où le chômage affecte un quart des actifs.

À Damas, l’exaspération est palpable. Alaa Moussa, vendeuse de café dans la rue, exprime le sentiment général en jugeant ces nouvelles tarifications inaccessibles. Les petits commerçants et les familles modestes redoutent de devoir choisir entre l’éclairage et d’autres dépenses essentielles. Les projets d’investissement annoncés avec des pays voisins, notamment l’accord qatari pour l’approvisionnement en gaz, n’ont pas encore produit d’effets tangibles sur le quotidien des habitants.

Dans ce climat d’incertitude, chaque foyer tente de trouver des solutions de survie. Oum al-Zein, mère de famille de 43 ans, complète ses revenus en vendant du pain dans la rue. Elle s’inquiète de devoir assumer des factures d’électricité qui pourraient dépasser son loyer, alors qu’elle peine déjà à financer les études de son fils. La précarité énergétique s’ajoute ainsi aux difficultés persistantes d’une population qui espérait tourner la page des années difficiles.

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