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La disparition programmée des marais mésopotamiens

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Dans le sud de l’Irak, les éleveurs de buffles assistent, impuissants, à l’assèchement de leur territoire historique, mettant en péril un patrimoine culturel et naturel plusieurs fois millénaire.

Les marais de Chibayish, classés au patrimoine mondial de l’Unesco et considérés par certaines traditions comme le berceau du jardin d’Éden, traversent une crise écologique sans précédent. Ce qui fut jadis un écosystème luxuriant n’est plus aujourd’hui qu’une étendue de terre craquelée, où l’eau se fait rare et la vie de plus en plus précaire.

Watheq Abbas, éleveur de buffles comme le furent ses ancêtres, constate amèrement l’évolution de la situation. Alors que les sécheresses passées duraient rarement plus de deux ans, le manque d’eau persiste depuis maintenant cinq années consécutives. Les bêtes, privées de points d’eau suffisants et contraintes de boire une eau stagnante et salée, succombent les unes après les autres. Son troupeau, comme celui de nombreux autres éleveurs, ne cesse de diminuer.

Les causes de cette catastrophe environnementale sont multiples. Le changement climatique, avec des températures dépassant régulièrement les cinquante degrés et une évaporation accélérée, aggrave une situation déjà tendue. Mais c’est surtout la construction de barrages en amont, en Turquie et en Iran, qui a considérablement réduit le débit du Tigre et de l’Euphrate, privant les marais de leur source vitale.

Face à cette pénurie, Bagdad doit prioriser les usages. L’eau potable et l’agriculture intensive passent avant la préservation des zones humides, pourtant essentielles à la survie de communautés entières. Les méthodes d’irrigation traditionnelles, gourmandes en ressources, sont également pointées du doigt par les experts locaux.

Les conséquences sont dramatiques pour la biodiversité. Des dizaines d’espèces de poissons et d’oiseaux migrateurs ont disparu, tandis que les buffles, autrefois robustes, voient leur poids et leur immunité diminuer. La production laitière, pilier de l’économie locale, s’effondre. Un récent rapport des Nations unies alerte sur le risque d’extinction de l’élevage bufflesin si aucune mesure urgente n’est prise.

Pour les habitants, cette crise sonne comme la fin d’un mode de vie ancestral. Beaucoup ont déjà quitté la région, d’autres survivent en vendant progressivement leur bétail pour acheter du fourrage. Les jeunes générations se détournent de l’élevage, préférant des emplois salariés ailleurs. La transmission séculaire est en train de s’interrompre, emportant avec elle une part irremplaçable de l’héritage culturel de la Mésopotamie.

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