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La détresse silencieuse des rues de La Havane

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À Cuba, la précarité gagne du terrain, poussant des milliers d’habitants à quémander leur survie dans une indifférence grandissante.

Devant les poubelles d’un quartier populaire de la capitale cubaine, un homme épuisé fouille un sac plastique à la recherche de nourriture. Quelques grains de riz collés à un os de poureau constituent son repas du jour. Comme lui, des centaines de personnes errent dans les rues, contraintes de mendier pour subsister. Les signes de cette paupérisation massive, longtemps niée par les autorités, sont désormais visibles à chaque coin de rue.

La crise économique persistante a réduit à néant les filets sociaux autrefois vantés par le régime. Les distributions alimentaires subventionnées, pilier du système cubain, ne suffisent plus à couvrir les besoins essentiels. Les prix des denrées ont flambé de près de 500 % en cinq ans, plongeant des familles entières dans une précarité inédite. Les allocations sociales, souvent inférieures à trois dollars mensuels, ne permettent même pas d’acheter un kilo de viande.

Les témoignages se multiplient. Un sexagénaire amputé d’une jambe tient une pancarte manuscrite devant les passants. Un ancien kinésithérapeute non-voyant dort dans un garage, privé de toute aide faute de domicile officiel. Les cantines sociales, dernier recours pour beaucoup, servent des repas insipides et carencés. Les maladies chroniques, aggravées par la malnutrition et le manque de soins, frappent une population déjà vulnérable.

Les déclarations récentes d’une ministre, affirmant que les mendiants étaient des imposteurs cherchant une « vie facile », ont provoqué un tollé. Le gouvernement a finalement reconnu l’existence d’« inégalités sociales », tout en évitant soigneusement le terme de pauvreté. Les chiffres officiels restent opaques, mais les experts estiment que près de la moitié de la population cubaine ne parvient plus à subvenir à ses besoins fondamentaux.

Pendant ce temps, les investissements publics suscitent l’incompréhension. L’inauguration récente d’un gratte-ciel hôtelier luxueux, face à des rues où s’entassent des sans-abri, résume le paradoxe d’un système à bout de souffle. Les promesses d’égalité s’effritent, laissant place à une réalité brutale. Pour ceux qui survivent dans l’ombre, l’espoir se résume désormais à un morceau de carton et quelques mots griffonnés à la hâte. « S’il vous plaît, pour manger. »

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