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La cybersurveillance kényane s’intensifie contre les voix dissidentes

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Une répression numérique ciblée s’organise pour étouffer les critiques à l’égard du pouvoir en place, selon plusieurs observateurs.

Au Kenya, les outils numériques destinés à favoriser le débat démocratique deviennent parfois des instruments de persécution. Rose Njeri, développeuse de 35 ans, en a fait l’amère expérience lorsqu’elle a conçu une application permettant aux citoyens de commenter le projet de loi de finances 2025. Son initiative, perçue comme subversive, lui a valu une incarcération de quatre jours et une campagne de diffamation en ligne acharnée.

Presque simultanément, deux militants des droits humains, dont le célèbre opposant Boniface Mwangi, ont été portés disparus en Tanzanie où ils comptaient apporter leur soutien à un leader de l’opposition locale. Réapparus après plusieurs jours, ils ont relaté avoir subi des actes de torture et des violences sexuelles de la part des services de sécurité tanzaniens.

Sur les réseaux sociaux, plusieurs hashtags ont été massivement utilisés pour discréditer ces figures critiques. #AsanteSamia et #DogsOfWar, entre autres, ont servi de vecteurs à une désinformation soigneusement orchestrée, accusant ces militants d’être des agents stipendiés par des puissances étrangères ou des entités suspectes. Des comptes affiliés au pouvoir ont amplifié ces récits, parfois avec une fréquence suggérant l’usage de bots ou de techniques d’automatisation.

Selon des experts en vérification des faits, ces manœuvres s’inscrivent dans une stratégie plus large visant à délégitimer toute opposition organisée. L’utilisation de deepfakes et de contenus manipulés grâce à l’intelligence artificielle marque une évolution inquiétante dans les méthodes de propagande en ligne.

Cette offensive numérique coïncide avec un durcissement palpable sur le terrain. Les manifestations antigouvernementales de l’an dernier ont été sévèrement réprimées, faisant plusieurs dizaines de morts. Le pouvoir justifie cette fermeté en évoquant des tentatives de déstabilisation et des menaces contre la sécurité nationale.

À l’approche des élections de 2027, beaucoup redoutent une intensification de ces pratiques. Pour Rose Njeri et d’autres activistes, la lutte continue malgré les risques. Leur combat dépasse les frontières du cyberharcèlement ou de la calomnie. Il questionne la capacité du Kenya à préserver un espace démocratique où la contradiction reste possible.

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