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Johannesburg se pare pour le G20 au grand dam de sa population

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Alors que la métropole sud-africaine s’active pour accueillir le sommet international, ses habitants dénoncent des améliorations cosmétiques qui masquent mal des années de délaissement.

Les délégations internationales qui convergeront vers Johannesburg la semaine prochaine découvriront une ville métamorphosée. Trottoirs nettoyés, routes refaites et compositions florales ornent désormais les artères principales, dans un effort soutenu pour présenter un visage rénové de la capitale économique. Cette transformation express suscite cependant l’amertume des résidents, qui déplorent des décennies de négligence municipale soudainement corrigées à l’approche d’un événement diplomatique.

« Comment justifier de ne nettoyer son domicile qu’en présence d’invités ? » interroge une conductrice de véhicule de transport, exprimant une frustration largement partagée. Comme elle, de nombreux Johannesburgois observent avec ironie ces travaux soudains sur des infrastructures que les autorités semblaient ignorer jusqu’alors. La ville, pourtant réputée pour concentrer le plus grand nombre de fortunes du continent, présente en réalité des quartiers entiers marqués par un délabrement avancé, où égouts à ciel ouvert et habitations précaires composent le paysage quotidien.

Les manifestations réclamant l’accès à l’eau courante, à l’électricité ou à la collecte des déchets rythment régulièrement la vie des six millions d’habitants. Le président lui-même avait dû intervenir en mars dernier, exigeant des autorités locales qu’elles redonnent à la métropole sa splendeur passée. Depuis, bulldozers et équipes municipales s’affairent dans une course contre la montre.

Ces travaux concentrés autour du centre des congrès et des axes empruntés par les cortèges officiels laissent toutefois de nombreux quartiers en dehors des améliorations. Un éboueur local souligne l’absence de changement dans sa communauté, où les coupures de services essentiels demeurent fréquentes. Le contraste est frappant avec les engagements constitutionnels garantissant l’accès aux besoins fondamentaux.

La dégradation du centre-ville symbolise un demi-siècle de gestion défaillante. Les entreprises ont progressivement déserté le cœur historique pour se relocaliser dans des zones septentrionales mieux sécurisées, laissant la place à des immeubles squattés et insalubres. La tragédie de 2023, où soixante-dix personnes ont péri dans l’incendie d’un bâtiment municipal, reste dans toutes les mémoires.

Certains habitants voient cependant dans ces préparatifs une opportunité bienvenue. Une jardinière employée aux plantations décoratives près du centre des congrès se réjouit de ce travail temporaire qui lui permet de subvenir aux besoins de sa famille. Mais cet enthousiasme n’est pas universel, comme en témoigne un panneau du G20 vandalisé par des inscriptions réclamant davantage d’emplois dans un pays confronté à un taux de chômage avoisinant les trente-deux pour cent.

Face aux critiques, le gouvernement reconnaît des dysfonctionnements tout en présentant ces aménagements comme l’amorce d’une rénovation plus profonde. Le chef de l’État a récemment défendu devant le parlement cette première étape vers une réhabilitation durable. Des déclarations qui peinent à convaincre une population excédée, pour qui l’entretien urbain devrait constituer une priorité constante plutôt qu’un exercice de circonstance.

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