Monde
Des mois de détention sans procès pour des centaines de Palestiniens
Des centaines de détenus palestiniens subissent des incarcérations prolongées sans inculpation ni accès régulier à leurs avocats, dans un cadre juridique qualifié de « trou noir » par les organisations de défense des droits humains.
Le photojournaliste Chadi Abou Sidou, arrêté en mars 2024 dans la ville de Gaza, a décrit une perte totale de repères après des mois passés en détention sans communication avec son conseil juridique. Comme lui, près de deux mille Palestiniens ont été libérés mi-octobre dans le cadre des accords de cessez-le-feu, après avoir été détenus sous le statut de « combattants illégaux ». Ce régime permet des privations de liberté prolongées sans mise en accusation.
Transféré initialement au centre de détention de Sdé Teiman, le journaliste affirme avoir subi des conditions extrêmes, les mains liées et les yeux bandés jusqu’à dix-huit heures par jour, dans un isolement total. Après une semaine d’interrogatoires où son identité serait restée inconnue de ses geôliers, il a été conduit à la prison militaire d’Ofer, en Cisjordanie occupée. Là, il n’a eu que deux entretiens avec son avocat en près de vingt mois, sans qu’aucune charge ne soit officiellement retenue contre lui.
Le statut de « combattant illégal », introduit par Israël en 2002, autorise l’incarcération administrative de personnes soupçonnées de participation à des actes hostiles, sans leur accorder les garanties des prisonniers de guerre. Une modification législative intervenue en décembre 2023 a encore allongé les délais de détention sans contrôle judiciaire, portant à 180 jours la période maximale avant une présentation devant un juge.
Les organisations humanitaires dénoncent une opacité systémique entravant la défense des détenus. L’accès des avocats reste exceptionnel et soumis à des annulations de dernière minute, tandis qu’il est interdit de transmettre aux prisonniers des nouvelles de leurs proches. Pour Naji Abbas, de l’association Physicians for Human Rights, l’avocat constitue le seul lien avec l’extérieur, une bouée de sauvetage rendue presque inaccessible.
L’administration pénitentiaire justifie ces restrictions par l’afflux massif de détenus, tout en assurant que leurs droits fondamentaux sont respectés. Pourtant, selon Amnesty International, cette législation plonge des civils dans un vide juridique, sans qu’aucune preuve de menace pour la sécurité ne soit exigée. Des professionnels de santé figurent toujours parmi les détenus, malgré l’entrée en vigueur de la trêve, illustrant les difficultés persistantes d’un système où la détention se prolonge loin des regards.
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