Planète
Des mois après les feux, l’insidieuse contamination des foyers californiens
Des habitants de Los Angeles découvrent avec effroi que leurs maisons, épargnées par les flammes, sont désormais imprégnées de substances toxiques, déclenchant un combat éprouvant face aux assurances et à un péril invisible.
Plus de six mois après les incendies qui ont ravagé la région de Los Angeles, de nombreux résidents se retrouvent prisonniers d’un dilemme insoluble. Leurs habitations, intactes en apparence, renferment une pollution persistante, héritage des fumées chargées de métaux lourds et de composés chimiques volatils. Karen Girard, habitante d’Altadena, ne pénètre chez elle qu’équipée d’un masque de protection, ses crises d’asthme s’étant aggravées au contact des résidus infiltrés dans les murs et les planchers.
Les analyses menées dans son logement ont mis en évidence la présence de plomb, d’arsenic, de zinc, mais aussi de cyanure et de furfural, des substances classées cancérigènes. Comme elle, des centaines de foyers sont confrontés à cette contamination diffuse, conséquence de la combustion de matériaux de construction, de véhicules et d’objets plastiques durant les incendies. Les scientifiques alertent sur la dangerosité de ces nanoparticules, capables de se propager jusqu’à dix kilomètres des zones sinistrées et de s’immiscer dans les intérieurs.
La situation est d’autant plus complexe que les procédures de décontamination font l’objet de vives controverses entre experts. Certains préconisent des travaux lourds, incluant le remplacement des meubles et la reconstruction partielle des structures, tandis que d’estiment qu’un nettoyage approfondi pourrait suffire. Cette divergence alimente un contentieux épineux avec les compagnies d’assurance, accusées de freiner les indemnisations au détriment de la santé des assurés.
Une cartographie établie par une association de résidents recense plus de deux cents tests révélant une contamination à divers degrés. Jane Lawton, fondatrice du collectif, redoute une crise sanitaire comparable à celle survenue après les attentats du 11 septembre, avec à la clé des pathologies respiratoires chroniques et une incidence accrue de cancers. Face à l’urgence, les autorités californiennes ont constitué un groupe de travail pour encadrer les obligations des assureurs.
Priscilla Muñoz, mère de famille vivant à Pasadena, incarne ce combat opiniâtre. Après avoir financé elle-même les tests qui ont confirmé la présence de plomb dans son domicile, elle attend toujours que son assurance prenne en charge les travaux de décontamination. Un délai qui l’angoisse, particulièrement pour la santé de ses enfants, exposés à un environnement dont la toxicité demeure invisible mais bien réelle.
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