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Des Iraniens à la frontière turque expriment leur désarroi et un appel à l’aide

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À la frontière irano-turque, des ressortissants iraniens, fraîchement arrivés, livrent un témoignage rare sur la situation dans leur pays. Leurs propos, empreints d’une profonde lassitude, mêlent récits personnels et attentes confuses envers la communauté internationale.

Le poste-frontière de Kapiköy, en Turquie orientale, est le théâtre d’arrivées continues. Ce samedi matin, un flux d’individus, principalement des hommes, franchissait le point de passage après de longues heures de route. Les visages sont marqués par la fatigue, les bagages à la main. Si les formalités administratives restent inchangées pour un séjour de courte durée, l’atmosphère, elle, semble chargée d’une tension inhabituelle. Les autorités turques, engagées dans des efforts de médiation régionale, surveillent cette frontière fortifiée, conscientes des risques de déstabilisation.

Parmi les arrivants, une femme d’une cinquantaine d’années, qui souhaite garder l’anonymat, livre ses premières impressions dès son arrivée sur le sol turc. Ses propos sont sans ambages. Elle évoque un sentiment d’impuissance face à la situation intérieure et formule, avec une certaine amertume, l’espoir d’un soutien extérieur. « À l’intérieur, toute action est impossible », confie-t-elle, avant d’ajouter que la population vit dans la crainte. Son récit reflète une perception d’isolement et de régression, contrastant avec l’image qu’elle perçoit de la Turquie voisine.

D’autres témoignages, recueillis sous couvert d’anonymat, corroborent cette impression de fracture. Une jeune femme originaire de Karaj, rejoignant son époux en Turquie, décrit un pays qu’elle estime figé dans le passé. Elle relate des événements récents, évoquant des manifestations et leur gestion par les forces de l’ordre. Son discours est ponctué par le souvenir de pertes personnelles au sein de son entourage, créant l’image d’un conflit interne. Elle affirme s’informer par le biais de médias étrangers, soulignant un décalage avec la narration officielle diffusée en Iran.

Les motivations des voyageurs sont diverses. Pour certains, il s’agit de visites familiales ou de courts séjours touristiques à Van, une ville frontalière turque autrefois prisée. Cependant, la dégradation économique et la chute de la monnaie nationale ont considérablement réduit ces déplacements de loisirs, selon un agent des forces de l’ordre présent sur les lieux. Désormais, beaucoup viennent pour des achats de première nécessité, devenus inaccessibles ou trop onéreux dans leur pays.

La prudence reste de mise. Un jeune couple de Tabriz, venu pour faire des emplettes, se montre extrêmement discret. L’homme, échangeant quelques mots, laisse entendre que la pression sécuritaire se maintient, avec des contrôles stricts aux frontières, notamment sur les appareils électroniques. La crainte des représailles pèse sur les échanges. Un artisan iranien, Abdullah Hasan, exprime une inquiétude plus pragmatique. Il redoute avant tout une fermeture de la frontière en cas de tensions accrues, qui couperait son approvisionnement en matériaux de travail.

L’attente d’une intervention internationale, parfois évoquée, est teintée de cynisme et de désillusion. Rosa, une jeune femme de 29 ans arrivée d’Ispahan, est catégorique. Selon elle, le moment pour une aide extérieure est passé. Elle estime que les calculs géopolitiques, notamment liés aux ressources énergétiques, primeront toujours sur le sort des populations civiles. Son amertume est palpable, tout comme sa méfiance envers les regards et les conversations alentour, qu’elle perçoit comme une menace.

Ces récits fragmentaires, recueillis dans l’urgence du passage frontalier, dessinent le portrait d’une population traversée par un profond sentiment d’abandon. Entre l’espoir ténu d’un changement venu de l’extérieur et la résignation face à des réalités perçues comme immuables, les Iraniens croisés à Kapiköy semblent naviguer dans un espace incertain, où la frontière physique symbolise aussi une fracture plus profonde.

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