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Des foyers empoisonnés dans l’ombre des incendies californiens

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Des mois après les feux qui ont ravagé Los Angeles, des centaines d’habitants découvrent que leurs habitations, pourtant épargnées par les flammes, sont devenues inhabitables en raison d’une contamination toxique persistante.

À Altadena, Karen Girard doit enfiler un masque de protection avant de pénétrer dans sa propre demeure. Neuf mois après les incendies, les résidus toxiques imprègnent toujours les murs, les planchers et les meubles. Les analyses révèlent la présence de métaux lourds – plomb, arsenic, zinc – et de composés organiques volatils cancérigènes comme le cyanure et le furfural. Cette designer de 58 ans, asthmatique, subit des crises respiratoires à chaque visite prolongée, au point que son traitement médical a dû être modifié.

Initialement soulagée de voir sa maison intacte alors que les flammes dévoraient le voisinage, elle mesure désormais l’étendue du péril invisible. Les incendies ayant consumé des milliers de bâtiments, la combustion d’objets manufacturés – plastiques, appareils électroniques, véhicules – a généré un mélange de particules fines particulièrement nocif. Propulsées par des vents violents, ces substances se sont infiltrées dans les interstices des habitations préservées.

Les scientifiques alertent sur la dangerosité de ces nanoparticules, capables de parcourir plusieurs kilomètres et de pénétrer profondément dans les logements. Le chrome hexavalent, substance cancérigène, a été détecté à des niveaux préoccupants dans l’air des zones résidentielles. Face à cette situation, les experts recommandent un assainissement complet des lieux avant tout retour des occupants.

Mais les procédures de décontamination deviennent un casse-tête pour les sinistrés. Les avis des hygiénistes divergent radicalement, certains préconisant des travaux lourds – remplacement des meubles, reconstruction des cloisons – quand d’estiment qu’un nettoyage approfondi suffirait. Cette incertitude nourrit des conflits d’expertise qui paralysent les indemnisations.

Les assureurs sont pointés du doigt pour leurs réticences à financer des travaux coûteux. Une cartographie établie par une association locale recense plus de deux cents habitations contaminées à divers degrés. Les résidents redoutent un scénario comparable à celui du World Trade Center, où l’exposition aux poussières toxiques avait provoqué des maladies chroniques.

Consciente de l’enjeu sanitaire, la Californie a mis en place une cellule de crise pour encadrer les obligations des assureurs. Le premier d’entre eux, State Farm, affirme examiner chaque dossier « au cas par cas ». Pourtant, des familles comme celle de Priscilla Muñoz à Pasadena peinent à obtenir une prise en charge. Après avoir financé elle-même des analyses révélant du plomb, cette mère s’inquiète pour la santé de ses enfants, exposés à des résidus qui imprègnent jusqu’aux peluches.

L’urgence n’est plus seulement de reconstruire, mais de décontaminer un patrimoine immobilier devenu hostile à ses occupants.

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