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Des ailes pour sauver les naufragés de l’Atlantique

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Au-dessus d’une mer immense, des pilotes humanitaires traquent sans relâche les embarcations de fortune. Leur mission, localiser les bateaux en perdition sur la route migratoire la plus meurtrière d’Europe.

Dans l’immensité bleue qui sépare l’Afrique de l’Ouest des îles Canaries, un avion léger trace des lignes parallèles sous la couche nuageuse. À son bord, des observateurs scrutent l’océan. Leur objectif est de repérer des pirogues en bois, surchargées et presque invisibles, qui tentent la traversée. Chaque minute compte, car les conditions météorologiques, entre forte houle et vents violents, transforment rapidement ces voyages en épreuves mortelles. La déshydratation, l’hypothermie ou les coups de chaleur guettent les passagers.

Cette mission aérienne est menée par une organisation non gouvernementale spécialisée. Elle intervient dans ce que ses équipes nomment une « zone grise », une vaste étendue océanique située à plusieurs centaines de milles nautiques des côtes, où les secours officiels parviennent rarement à temps. La visibilité depuis le ciel permet de couvrir rapidement des surfaces considérables, équivalentes à celle d’un pays européen, et d’alerter les autorités maritimes compétentes. L’initiative, active depuis plusieurs années en Méditerranée, a étendu ses opérations à cette route atlantique où les naufrages sont les plus nombreux.

Les traversées s’allongent et se complexifient en raison des politiques frontalières restrictives. Les candidats au départ, souvent originaires de Gambie ou du Sénégal, embarquent pour un périple de plus de mille milles nautiques, soit plusieurs jours en mer. Les alertes concernant des bateaux portés disparus sont fréquentes. Récemment, les équipes ont été mobilisées pour rechercher deux embarcations parties de Gambie avec respectivement plus de cent personnes à bord. Après plusieurs jours de vol et des milliers de milles parcourus, aucune trace n’a été retrouvée. Il arrive que des dérives, poussées par les courants, conduisent des épaves jusqu’aux Caraïbes, sans survivants.

À l’arrivée, sur les plages de Las Palmas, le soulagement se lit sur les visages des rescapés. Des jeunes hommes, comme Ousmane, originaire du Sénégal, contemplent l’horizon qu’ils viennent de franchir. Leurs corps portent les stigmates du voyage, des lésions cutanées provoquées par l’eau salée. Ils racontent des journées entières passées entassés sous une bâche, oscillant entre la fournaise du jour et le froid de la nuit, avec pour seule pensée celle des proches restés au pays. Le sauvetage, lorsqu’il intervient, ne signifie pas toujours la fin du calvaire. Certains ne survivent pas jusqu’à l’arrivée des secours.

Cette surveillance aérienne constitue un maillon fragile mais essentiel dans une chaîne de secours confrontée à l’ampleur du phénomène. Elle rappelle, au-dessus des flots, la précarité extrême de ces existences ballotées entre deux rives, et l’impérieuse nécessité de les localiser avant qu’il ne soit trop tard.

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