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Au cœur des nécropoles, l’impossible exode des vivants

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Dans la capitale philippine, des milliers de personnes ont élu domicile au milieu des sépultures, transformant l’ultime demeure des défunts en un lieu de survie au quotidien.

La mégalopole de Manille, saturée par ses treize millions d’habitants, connaît une crise du logement d’une ampleur telle que des familles entières se sont installées dans le cimetière Nord. Cette vaste nécropole de cinquante-quatre hectares abrite désormais près de six mille résidents, qui cohabitent avec les défunts dans un dénuement extrême. Les caveaux deviennent des chambres, les tombes servent de tables ou d’étagères, et l’eau de pluie remplace l’eau courante.

Un habitant du lieu montre l’espace exigu où sa fille dort sur une tombe, un matelas posé à même la pierre. Dans un recoin attenant, un caveau accueille le corps d’un enfant et fait office de buanderie. La frontière entre l’intime et le funéraire s’efface, chaque centimètre carré étant investi pour répondre aux besoins élémentaires. Les tempêtes tropicales, fréquentes dans la région, viennent régulièrement rappeler la précarité de ces installations, inondant les allées et endommageant les abris de fortune.

Malgré les conditions de vie difficiles, quitter les lieux relève de l’impossible pour la majorité des occupants. L’absence d’adresse officielle et la rareté des emplois stables condamnent ces familles à un cercle vicieux. Sans ressources, point de logement hors du cimetière ; sans domicile fixe, aucun accès à un travail régulier. Une jeune mère confie son désir de offrir un avenir meilleur à son nourrisson, né entre deux caveaux, tout en reconnaissant l’enfermement social dans lequel elle se trouve.

Pourtant, une forme d’organisation sociale émerge au sein de cette cité parallèle. Commerces, fleuristes et échoppes improvisées animent les allées principales. Les résidents entretiennent les tombes en échange d’une modeste contribution annuelle, un arrangement informel qui leur permet de rester sur place. Mais cette coexistence fragile suscite l’inquiétude des pouvoirs publics, qui ont récemment renforcé la surveillance des lieux face à la montée de divers trafics.

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