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Athènes, terre d’exil pour des adolescentes de Gaza

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_**Blessées par la guerre et accueillies en Grèce, de jeunes Palestiniennes tentent de se reconstruire loin de leur foyer, entre soins médicaux, études et incertitudes.**_

Raghad Al-Fara arpente les rues de la capitale grecque à l’aide d’une béquille. Âgée de quinze ans, elle a été évacuée de Gaza en février dernier, gravement touchée lors d’un bombardement. Aujourd’hui installée avec sa mère et sa sœur dans un foyer pour femmes réfugiées, elle avoue ne pas avoir imaginé survivre, encore moins fouler un jour le sol européen. Son cas illustre le parcours d’une dizaine de mineurs gazaouis pris en charge par les autorités helléniques pour des blessures complexes, à la fois physiques et psychologiques.

Ces jeunes font partie d’un groupe de vingt-six Palestiniens arrivés à Athènes à la fin de l’hiver, avec l’accord du ministère grec des Affaires étrangères. Pour Shadia Al-Fara, la mère de Raghad, l’annonce de cet accueil a représenté un immense soulagement. Le reste de la famille, le père et trois autres enfants, est demeuré dans l’enclave. La prise en charge médicale, bien que réelle, s’est parfois avérée lacunaire. Après des mois d’immobilisation et de soins intensifs, l’adolescente a dû patienter longtemps pour obtenir un corset de maintien, tandis que sa mère a dû se procurer elle-même des chaussures orthopédiques.

À vingt ans, Sara Al-Sweirki partage cette quête de normalité. Évacuée en septembre avec sa mère et son frère, elle refuse de se définir uniquement comme une survivante. Inscrite en psychologie à l’université américaine d’Athènes, elle entend aider les autres à surmonter leurs traumatismes. Son rêve, interrompu par les événements d’octobre 2023, est aujourd’hui ravivé par une détermination farouche à étudier et à construire son avenir.

Pourtant, l’horizon reste brouillé. Si la trêve en vigueur depuis octobre a mis un terme aux frappes, elle ne signifie pas pour autant une reconstruction possible. Shadia Al-Fara, qui a scolarisé ses filles dans le système grec, estime impossible un retour vers des conditions de vie précaires et une menace persistante. Elle se dit impuissante face aux appels de ses autres enfants, restés à Gaza.

La solidarité d’une partie de la société grecque envers la cause palestinienne est palpable, comme en témoigne un récent sondage montrant une large adhésion à l’idée d’une reconnaissance étatique. Cependant, des voix au sein de la communauté palestinienne locale regrettent un manque de volonté politique pour élargir l’accueil des blessés de Gaza, soulignant que l’actuel gouvernement aurait, selon elles, distendu les liens historiques avec le peuple palestinien.

Entre espoir d’intégration et douleur de l’exil, ces jeunes femmes tentent de se projeter. Sara Al-Sweirki ignore si son séjour en Grèce sera définitif, mais elle considère que l’avenir à Gaza demeure trop incertain pour envisager un retour. Leur reconstruction, à la fois corporelle et existentielle, se joue désormais sur les pavés athéniens, loin des ruines de leur enfance.

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