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Culture

Kim Yun Shin, à 91 ans, sculpte sa vérité dans le bois

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Après des décennies d’exil et de création, l’artiste sud-coréenne accède enfin à une reconnaissance majeure dans son pays natal, à travers une rétrospective historique.

Dans son atelier de Paju, au nord-ouest de Séoul, Kim Yun Shin manie la tronçonneuse avec une précision qui défie son âge. À 91 ans, la sculptrice dialogue avec la matière, transformant des blocs de bois en formes abstraites et puissantes. Cette pratique, devenue sa signature, est le fruit d’un long parcours artistique mené aux quatre coins du monde, de la France à l’Argentine où elle a vécu pendant quarante ans. Aujourd’hui, son œuvre fait l’objet d’une vaste exposition au musée Hoam, une institution prestigieuse qui, pour la première fois, consacre une rétrospective individuelle à une femme artiste.

L’exposition, intitulée « Deux égalent un », rassemble plus de cent soixante-dix sculptures et peintures. Elles témoignent d’une relation fusionnelle entre l’artiste et son médium. « Ma scie est mon corps », explique-t-elle, évoquant une symbiose totale entre le geste et l’outil. Pour elle, le bois n’est pas une simple matière, mais un compagnon de toujours. Cette connexion profonde plonge ses racines dans une enfance passée à la campagne, dans ce qui est aujourd’hui la Corée du Nord. Elle y grandit en parlant aux arbres et aux rizières, un lien qui sera brutalement rompu par les conflits et les destructions de la guerre.

Le déracinement, tant physique qu’existentiel, a marqué sa vie et son art. Après avoir fui vers le Sud avec sa famille, elle étudie en France avant de revenir enseigner à Séoul. C’est cependant en Argentine, attirée par ses forêts généreuses, qu’elle trouve un nouvel élan et adopte définitivement la tronçonneuse comme prolongement de sa main. Cette technique, alors peu courante, lui permet de libérer la forme contenue dans le tronc, dans un processus qu’elle décrit comme un sauvetage, une manière de perpétuer la vie de l’arbre.

La reconnaissance institutionnelle en Corée du Sud est venue tardivement, mais avec force. Sa présence à la Biennale de Venise en 2024 a précédé cette rétrospective majeure. Son nom, Yun Shin, qui signifie « vérité et foi », lui a été donné par un moine bouddhiste à l’adolescence. Ce vœu d’une quête existentielle et d’une longue vie guide toujours ses pas. À travers chaque entaille dans le bois, c’est cette promesse qu’elle honore, sculptant patiemment, année après année, la trace indélébile d’un destin artistique enfin pleinement révélé.

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