Planète
Mayotte face à la soif, le procès d’une gestion défaillante
Trois années de restrictions hydriques pèsent sur la vie quotidienne des habitants de l’île. Alors qu’un verdict judiciaire est attendu, les insuffisances structurelles du système d’approvisionnement en eau sont mises en lumière.
Les robinets de Mayotte ne fonctionnent plus que par intermittence depuis trente-six mois. Cette situation de pénurie chronique, héritée d’une sécheresse historique survenue en 2023, révèle des défaillances profondes dans la gestion de la ressource et l’état vétuste des infrastructures. Une partie des anciens responsables du syndicat des eaux a récemment comparu devant la justice pour des faits présumés de détournement de fonds publics et de favoritisme, illustrant les dysfonctionnements pointés du doigt.
La pression sur les ressources en eau est extrême. Près de la totalité de l’approvisionnement dépend des précipitations, dans un contexte où les saisons humides se réduisent sous l’effet du changement climatique. Dans le même temps, la population a plus que doublé en deux décennies, atteignant désormais plus de 320 000 habitants. Les deux retenues collinaires existantes, construites à la fin des années 1990, sont devenues insuffisantes pour couvrir les besoins quotidiens, estimés à près de 48 000 mètres cubes pour une capacité de production limitée à 37 000.
Les difficultés ne se limitent pas à la disponibilité de l’eau brute. La gestion opérationnelle du réseau est également en cause. Une usine de dessalement, dont la capacité devait être augmentée après une précédente crise en 2017, ne fonctionne pas à son rendement optimal. Plus préoccupant encore, environ un tiers de l’eau traitée se perdrait dans les fuites du réseau de distribution, un gaspillage particulièrement critique dans un territoire insulaire. Près de trente pour cent de la population ne serait par ailleurs pas raccordée au réseau d’eau potable.
Face à cette crise persistante, les initiatives citoyennes se sont multipliées. Des collectifs d’usagers ont obtenu en justice une réduction significative sur les factures d’eau des abonnés. Parallèlement, des recours ont été déposés devant le Conseil d’État pour demander une meilleure protection face aux conséquences du dérèglement climatique.
Les autorités ont annoncé plusieurs plans successifs pour tenter de résorber le déficit. Un nouveau programme prévoit la construction d’une seconde usine de dessalement d’ici à 2027, ainsi que la création d’une troisième retenue d’eau à l’horizon 2032. Cependant, sur le terrain, un certain scepticisme prévaut parmi les habitants, plusieurs projets ayant déjà connu d’importants retards par le passé. L’attente du verdict judiciaire et la poursuite des restrictions rappellent l’urgence d’une solution pérenne pour garantir l’accès à l’eau sur l’île.
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