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Guillaume Erner, des comptoirs du Sentier aux ondes de France Culture
L’animateur des « Matins » dévoile dans un ouvrage personnel son parcours singulier, des arcanes du textile parisien à la direction d’une matinale devenue incontournable sur le paysage radiophonique.
Avant de devenir la voix familière des auditeurs de France Culture, Guillaume Erner a navigué une décennie dans un univers bien éloigné des studios. Son nouveau livre, « Schmattès », lève le voile sur cette période où, jeune diplômé en sociologie, il fut propulsé par son père, tailleur ashkénaze, dans le monde intense de la confection du Sentier. Ce quartier parisien, alors en pleine effervescence dans les années 1990, constituait l’épicentre d’un secteur mêlant création, commerce et parfois affaires troubles, immortalisé au cinéma peu après.
Il y occupa un poste de direction, contribuant au développement d’une marque de prêt-à-porter jusqu’à son apogée, avant un revers judiciaire qui marqua la fin de cette aventure. Cette expérience, dont il garde quelques séquelles financières, forgea néanmoins une partie de son rapport au monde. Une fois cet épisode clos, il reprit le chemin de l’université, soutint une thèse et enseigna à Sciences Po, avant de concrétiser une ambition plus ancienne en entrant à France Inter comme chroniqueur en 2007.
Son profil de « sociologue défroqué », selon ses propres termes, et son style d’intervention fait de références savantes et d’une ironie feinte, ne font pas l’unanimité. Pourtant, en 2015, il est choisi pour reprendre les rênes des « Matins de France Culture », une émission alors confidentielle. Il y applique immédiatement une ligne éditoriale exigeante, refusant d’inviter des personnalités politiques en tant que telles, bannissant le commentaire de sondages, les faits divers et le sport. L’émission privilégie l’analyse internationale et économique, ainsi que des entretiens approfondis avec des chercheurs, des intellectuels ou des artistes.
Cette stratégie, qu’il qualifie de « premiumisation » par analogie avec l’industrie automobile, a porté ses fruits. L’audience n’a cessé de croître, dépassant désormais les 930 000 auditeurs quotidiens, faisant de cette tranche horaire un pilier de Radio France. L’animateur estime avoir su capter une partie du public d’Europe 1 tout en proposant une alternative distincte à France Inter. Chaque matinée devient une rencontre imprévisible, pouvant accueillir aussi bien un doctorant qu’un prix Nobel.
Certaines de ses chroniques, comme un récent parallèle entre un hebdomadaire satirique et un influenceur politique américain, suscitent parfois l’agacement en interne. Mais son énergie et sa capacité de travail sont unanimement reconnues, lui permettant de mener de front la préparation de l’émission, l’écriture d’ouvrages et une multitude d’autres projets avec une vitalité qui force le respect. Après plus de dix ans à ce poste, il affirme n’éprouver aucune lassitude et n’envisage pas de ralentir le rythme.
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