Nous rejoindre sur les réseaux

Économie

L’Europe s’arme d’une préférence industrielle pour ses secteurs stratégiques

Article

le

La Commission européenne défend l’idée d’un « Made in Europe » obligatoire pour les entreprises bénéficiant d’aides publiques, un sujet qui divisera les dirigeants des Vingt-Sept lors d’un sommet sur la compétitivité.

La Commission européenne a officiellement plaidé, ce lundi, en faveur de l’introduction d’une clause de préférence communautaire. Ce mécanisme obligerait les entreprises recevant des fonds publics à s’approvisionner en composants fabriqués au sein de l’Union. Dans une lettre adressée aux chefs d’État et de gouvernement, la présidente de l’exécutif, Ursula von der Leyen, a estimé que cet instrument était indispensable pour protéger les intérêts stratégiques du continent et consolider son tissu productif.

Cette initiative, qui figurera à l’agenda d’une réunion des dirigeants européens jeudi en Belgique, vise explicitement à soutenir des industries mises sous pression par la concurrence internationale et les politiques commerciales de pays tiers. L’idée, nourrie par des réflexions antérieures sur la souveraineté économique, cherche à trouver une traduction concrète après plusieurs mois de travaux. Un projet législatif est en préparation, bien que son examen ait déjà été reporté à deux reprises en raison de désaccords persistants entre capitales.

Le principe même d’une telle préférence divise profondément les États membres. La France en est une fervente partisane, y voyant un levier pour protéger, par exemple, sa filière des batteries électriques. À l’inverse, l’Allemagne exprime de vives réticences, craignant une hausse des coûts pour son puissant secteur automobile et des conséquences néfastes sur ses exportations. Une tribune récente, signée par plus d’un millier de chefs d’entreprise et soutenue par le vice-président de la Commission chargé du dossier, Stéphane Séjourné, a relancé le débat en invoquant l’exemple de politiques similaires menées par la Chine ou les États-Unis.

Certaines positions ont évolué ces dernières semaines. Berlin et Rome ont assoupli leur opposition initiale, acceptant désormais une mesure très encadrée, limitée à des secteurs jugés cruciaux. Ils insistent cependant pour que celle-ci ne nuise pas à leurs échanges commerciaux ou aux relations avec des partenaires proches. Un groupe de six pays du nord de l’Europe a, pour sa part, émis des conditions strictes, réclamant une application limitée et proportionnée.

Les discussions promettent d’être vives lors du sommet. Si un accord de principe sur la nécessité d’agir semble se dessiner, les modalités pratiques – la liste des secteurs concernés, le pourcentage de contenu européen requis, les procédures administratives – restent en suspens. Ce débat rappelle, par certains aspects, les négociations antérieures sur le financement de la défense européenne ou le soutien à l’Ukraine, où Paris avait déjà milité pour un avantage accordé à l’industrie continentale. Des tensions similaires ressurgissent, certains responsables pointant des visions nationales divergentes derrière l’ambition affichée de renforcer l’autonomie industrielle du Vieux Continent.

Click to comment

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Les + Lus