Planète
La forêt millénaire de noyers du Kirghizstan face à une double menace
Au cœur de l’Asie centrale, le plus vaste peuplement de noyers sauvages au monde subit les effets conjugués des activités humaines et du changement climatique, mettant en péril un écosystème unique et les communautés qui en dépendent.
Les habitants d’Arslanbob se souviennent encore de l’époque où la forêt formait un couvert végétal si dense qu’il en devenait impénétrable. Aujourd’hui, le paysage a radicalement changé. Sous les contreforts des montagnes du Kirghizstan, le bruit des bâtons frappant les feuilles mortes trahit l’activité incessante des ramasseurs de noix. Cette ressource constitue depuis des générations le principal moyen de subsistance pour les populations locales, qui constatent avec inquiétude le déclin progressif de cette forêt vieille de plusieurs millions d’années.
Les experts soulignent la valeur exceptionnelle de cet écosystème forestier de six cent mille hectares, qui abrite un patrimoine génétique ancestral. Mais cette richesse naturelle se trouve confrontée à des défis multiples. Le réchauffement climatique, particulièrement marqué en Asie centrale où les températures ont augmenté deux fois plus vite que la moyenne mondiale, affecte directement la qualité et la quantité des récoltes. Les périodes de sécheresse prolongées compromettent la survie des jeunes pousses dans les pépinières destinées au reboisement.
Parallèlement, la pression anthropique s’intensifie. L’augmentation des troupeaux depuis la dissolution de l’Union soviétique a entraîné un surpâturage problématique. Le bétail en liberté consomme les jeunes pousses et compacte le sol, entravant la régénération naturelle. Les coupes illégales de bois pour le chauffage complètent ce tableau préoccupant. Face à cette situation, les autorités forestières déploient des efforts de surveillance et de sensibilisation, tandis que des propositions émergent pour taxer les excédents de bétail et limiter les zones de pâturage.
La recherche de solutions durables s’impose comme une nécessité. Les spécialistes préconisent une diversification des activités économiques, combinant développement touristique et valorisation des produits forestiers. Des initiatives locales voient déjà le jour, comme la transformation des noix en huiles de qualité destinées à l’exportation. La jeune génération semble consciente des enjeux, certains lycéens ayant entrepris de créer des ateliers de production artisanale. Ces projets novateurs pourraient constituer une alternative prometteuse, à condition de parvenir à concilier préservation environnementale et développement économique dans cette région où la forêt demeure le pilier de l’identité et de la survie communautaires.
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