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L’ancien directeur de la DGSE confronté à la justice

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Le parquet a demandé une peine de prison avec sursis contre Bernard Bajolet, mis en cause dans une affaire de pressions exercées sur un homme d’affaires.

L’ancien directeur général de la DGSE, Bernard Bajolet, a vu le ministère public requérir contre lui une peine d’emprisonnement avec sursis. Le magistrat a estimé que l’ex-responsable du renseignement extérieur devait répondre de son implication présumée dans une tentative d’extorsion visant un entrepreneur en litige avec les services secrets. L’intéressé, âgé de 76 ans, conteste fermement avoir ordonné une quelconque opération de coercition.

Les événements jugés remontent à mars 2016, lorsqu’Alain Dumenil, homme d’affaires franco-suisse, a été intercepté à l’aéroport de Roissy alors qu’il s’apprêtait à se rendre en Suisse. Conduit dans une salle sous prétexte de vérification de son passeport, il s’est retrouvé face à deux individus en civil se présentant comme des agents de la DGSE. Ces derniers lui ont intimé l’ordre de rembourser quinze millions d’euros, somme que les services estimaient leur être due suite à des opérations financières remontant aux années 2000. La confrontation aurait été marquée par des menaces implicites, incluant la présentation de photographies de proches de l’homme d’affaires.

Au cours des audiences, Bernard Bajolet a reconnu avoir autorisé une prise de contact, tout en niant avoir envisagé qu’elle puisse revêtir un caractère coercitif. Il a concédé que les modalités de l’entrevue n’avaient pas respecté les procédures appropriées. Le parquet a cependant jugé cette version incompatible avec le fonctionnement hiérarchique des services secrets, soulignant que les agents n’auraient pas agi sans instructions précises. La représentante du ministère public a qualifié l’ancien directeur de « grand serviteur de l’État » tout en estimant nécessaire une sanction pénale, suggérant que la condamnation ne soit pas mentionnée au casier judiciaire.

La défense de la partie civile a dénoncé une opération qualifiée de « barbouzerie » et critiqué la culture du secret entourant les services. L’avocat d’Alain Dumenil a notamment fustigé les multiples refus opposés par la DGSE de révéler l’identité des agents impliqués, au motif de la protection du secret de la Défense nationale. L’homme d’affaires, dont l’état de santé a nécessité l’utilisation d’un fauteuil durant son témoignage, a évoqué des préjudices considérables et réclamé trois millions d’euros au titre du dommage moral.

Les débats ont également porté sur l’origine du différend financier entre la DGSE et Alain Dumenil. Les services secrets affirment avoir été victimes de manœuvres frauduleuses liées à des investissements réalisés à la fin des années 1990, tandis que la défense de l’entrepreneur dénonce une tentative de masquer des erreurs de gestion. Cette affaire met en lumière le fonctionnement particulier du patrimoine privé géré par les services de renseignement, dont l’existence remonte à la fin de la Première Guerre mondiale et vise à garantir leur autonomie opérationnelle.

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