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Culture

Un cinéaste iranien à Cannes : entre censure et nécessité de créer

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Saeed Roustaee défend son choix de tourner sous contraintes pour que ses films puissent être vus en Iran, malgré les critiques de certains exilés.

Le réalisateur iranien Saeed Roustaee, présent en compétition officielle à Cannes avec son nouveau film, assume une position délicate : celle d’un artiste contraint de composer avec les règles strictes de son pays pour continuer à exercer son métier. Trois ans après sa précédente participation au festival, où son film « Leïla et ses frères » avait marqué les esprits, il revient avec un drame familial, tourné cette fois avec l’aval des autorités iraniennes.

Pour Roustaee, cette approche est un compromis nécessaire. « Le pire, pour moi, serait de ne plus pouvoir faire de films », confie-t-il. Malgré une condamnation à six mois de prison et une interdiction de travail en 2022 – finalement non appliquées –, il a choisi de poursuivre son œuvre en respectant les exigences de la censure, notamment sur le port obligatoire du voile. Une décision qui lui vaut des reproches de la part de certains de ses compatriotes en exil, l’accusant de légitimer le régime.

Le cinéaste justifie son choix par la volonté de montrer ses films en Iran, où le cinéma indépendant est souvent étouffé. « Je veux raconter des histoires depuis l’intérieur du pays, pour qu’elles soient vues dans les salles », explique-t-il. Son dernier long-métrage, qui suit le parcours d’une mère de famille, a nécessité plus de six mois de négociations pour obtenir les autorisations de tournage. Sans elles, affirme-t-il, le projet aurait été immédiatement interrompu.

Cette position n’est pas sans ambiguïté. Alors que le mouvement « Femme, Vie, Liberté » a secoué l’Iran en 2022 après la mort de Mahsa Amini, Roustaee reconnaît que le hijab imposé limite la liberté artistique. « Si mes personnages féminins n’avaient pas été voilés, le film aurait été plus réaliste », concède-t-il. Mais il espère que les mentalités évolueront avec le temps, tout en maintenant qu’il doit continuer à créer, quelles que soient les contraintes.

Cette posture divise. Pour certains professionnels iraniens en exil, comme Mahshid Zamani, collaborer avec les autorités revient à cautionner leur répression. « Montrer des femmes voilées chez elles, c’est un message en soi », dénonce-t-elle. Pourtant, Roustaee n’est pas le seul à naviguer entre concessions et résistance. D’autres, comme Jafar Panahi, primé à Cannes cette année, optent pour la clandestinité, au risque de l’exil.

Entre ceux qui bravent ouvertement la censure et ceux qui tentent de la contourner, le cinéma iranien reste un art de la résistance. Roustaee, comme d’autres, incarne cette lutte quotidienne : créer malgré tout, pour que les histoires de son pays ne soient pas réduites au silence.

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