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Un refuge sous bannière, loin de la Syrie

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Dans le nord-est du Liban, un complexe résidentiel accueille des familles libanaises et syriennes ayant fui leur pays. Ce lieu, placé sous l’égide du Hezbollah et financé par des dons iraniens, cristallise les tensions dans un contexte politique national sensible.

Le site, dénommé Complexe résidentiel de l’imam Ali, se dresse non loin de la ville frontalière de Hermel. Il abriterait entre sept cents et mille personnes, selon un membre du mouvement chiite qui a guidé une visite sur place. La majorité des résidents seraient des Libanais, auxquels s’ajoutent des Syriens. Tous ont en commun d’avoir quitté la Syrie à la suite des bouleversements politiques qui ont marqué la fin du précédent régime.

Ces familles évoquent un départ précipité, contraint par les événements. « Ils ont incendié nos maisons », rapporte une habitante libanaise, Zeinab Qataya, originaire du village frontalier syrien de Zeita. Comme d’autres, elle aspire avant tout à un retour sécurisé dans son foyer. L’installation de ce complexe, dont l’inauguration remonte à la fin de l’année dernière, intervient à un moment particulier. Elle suscite des interrogations alors que les autorités libanaises sont engagées dans un processus de désarmement des factions, dans le cadre d’un accord de cessez-le-feu avec Israël.

L’environnement du camp reflète l’influence de ses soutiens. Les murs de la mosquée locale sont ornés de portraits du général iranien Qassem Soleimani et d’autres figures considérées comme des martyrs. Sur certains préfabriqués, l’image de l’ancien secrétaire général du Hezbollah, Hassan Nasrallah, est également visible. Un responsable du mouvement affirme que le financement provient de donations privées en provenance d’Iran. Une radio affiliée au parti évoque quant à elle le soutien de Téhéran et dénombre deux cent vingt-huit logements.

La vie s’organise malgré tout. Les enfants se rendent à un centre d’apprentissage après les cours. Le camp dispose d’une épicerie, d’un barbier et des lieux de culte. Peu d’habitants, cependant, acceptent de s’exprimer devant les médias. Cette réserve s’explique par un contexte régional complexe, où la frontière avec la Syrie reste poreuse et où les allégeances politiques peuvent être source de tensions.

Des voix critiques au Liban se sont élevées contre l’existence de ce complexe. Une élue a notamment questionné le gouvernement sur la possibilité qu’une telle installation échappe au contrôle de l’État. Par ailleurs, certains médias hostiles au Hezbollah ont avancé que le site abriterait d’anciens militaires syriens loyaux au régime déchu. Une perquisition menée par l’armée libanaise au début du mois de janvier n’a, selon ses déclarations, rien permis de confirmer. Un responsable municipal de Hermel assure que la grande majorité des résidents sont des civils sans affiliation politique particulière.

Pour des familles comme celle de Khodr Ghorab, chauffeur de soixante-deux ans, ce camp représente un havre de fortune après une fuite dramatique. Il raconte avoir quitté Zeita en décembre dernier, le jour même où l’ancien président syrien a quitté le pays. « Nous sommes partis avec seulement nos vêtements, déplore-t-il. L’État ne nous a pas aidés, comme si nous n’étions pas Libanais. » Il garde la nostalgie d’une vie passée de l’autre côté de la frontière, où l’éducation et les transports étaient gratuits. Aujourd’hui, comme des milliers d’autres, il recompose son quotidien dans l’attente incertaine d’un possible retour.

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