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Un fils tombé sous les bombes, une mère face au deuil

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Au Venezuela, le récit intime d’une famille brisée par l’intervention militaire américaine qui a coûté la vie à des dizaines de militaires, parmi lesquels un jeune cadet de 18 ans.

Les premières déflagrations ont retenti en pleine nuit sur la base de Fort Tiuna, à Caracas. Saul Pereira Martinez, cadet de dix-huit ans tout juste sorti de sa garde, a eu le temps d’adresser un ultime message à sa mère. « Je t’aime. Ça a commencé. » Quelques instants plus tard, dans la confusion de l’assaut mené par les forces américaines pour capturer le président Nicolás Maduro, le jeune homme trouvait la mort.

Sa mère, Natividad Martinez, se souvient de l’appel téléphonique qui a suivi, aux alentours de deux heures du matin. « Il m’a dit “Maman, je t’aime”, il a parlé de ses deux frères, et m’a dit “Prends soin des garçons” », confie-t-elle, près de la sépulture où son fils repose désormais. La famille s’est réunie pour lui rendre un dernier hommage, évoquant le souvenir d’un jeune homme courageux, récemment diplômé de l’académie militaire et engagé dans la Garde d’honneur.

Le parcours de Saul reflétait une métamorphose saluée par les siens. Décrit comme un adolescent insouciant, il avait trouvé dans l’institution militaire une rigueur et une discipline nouvelles, se mettant à étudier avec assiduité et participant aux tâches domestiques lors de ses permissions. Sa décision de s’engager, prise à la suite d’un ami d’enfance, n’avait pas inquiété sa mère, qui y voyait l’épanouissement d’une jeune génération.

Le cadet figure parmi les quatre-vingt-trois victimes officiellement reconnues par les autorités vénézuéliennes à la suite de cette opération, un bilan qui inclut des militaires nationaux et des conseillers cubains. Le jour même des événements, Natividad Martinez s’était rendue comme chaque semaine à la base, des provisions à la main. Elle n’y a trouvé qu’un silence pesant. C’est en confrontant des soldats que la terrible confirmation lui est finalement parvenue.

Les honneurs militaires ont été rendus à titre posthume aux soldats tombés ce jour-là. Pour leur mère, au-delà des clivages politiques qui déchirent la société vénézuélienne depuis des décennies, une évidence demeure. « Des personnes sont-elles mortes pour leurs convictions par le passé ? Oui, et ce sont des êtres humains aussi. Mais ceux qui sont morts ici sont également des êtres humains. Ce sont tous des Vénézuéliens. D’un côté ou de l’autre, tous ont des proches qui les pleurent », affirme-t-elle avec une gravité teintée de colère.

Elle dénonce avec force la nature des faits. « On ne peut pas venir dans mon pays et tuer des gens de cette manière. Sous prétexte que ce serait une opération “propre”. Ce n’était pas propre. Vous savez combien de personnes sont mortes ? » Malgré la douleur qui la submerge, une certitude la soutient. « Indépendamment de ce que l’on peut dire, pour moi, mon fils a été un patriote. C’est cela qui compte. »

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