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Un avocat punk japonais engage une bataille judiciaire historique pour le climat

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Entre deux concerts, l’homme de loi Akihiro Shima mobilise des centaines de citoyens pour une action inédite contre l’État, qu’il accuse de négligence face au dérèglement climatique.

Dans l’atmosphère confinée d’un bar de Tokyo, un homme au crâne partiellement rasé et vêtu d’un blouson écarlate entonne des refrains engagés. Quelques jours plus tôt, ce même personnage déposait une plainte collective d’un genre nouveau devant la justice japonaise. Âgé de soixante-trois ans, l’avocat Akihiro Shima a rassemblé plus de quatre cent cinquante plaignants pour contester l’action gouvernementale en matière de lutte contre le changement climatique, jugée contraire à la Constitution.

La procédure, présentée comme une première au Japon, estime que l’inaction des autorités porte atteinte aux droits fondamentaux des citoyens, notamment à la santé et à un environnement paisible. Pour Me Shima, cette initiative représente l’aboutissement d’un parcours marqué par un engagement constant. Adolescent à la fin des années 1970, il fut séduit par la vague punk, convaincu que cette énergie pourrait transformer la société. Son militantisme, d’abord exprimé à travers la musique, a progressivement évolué vers le droit.

Lors de ses performances, il n’hésite pas à interpeller son public sur les enjeux climatiques, soulignant les disparités entre les modes de vie et les conséquences pour les générations futures. Parmi les spectateurs, certains sont aussi des cosignataires de la plainte, comme cette aide-soignante qui salue la manière dont l’avocat intègre des messages politiques dans son art. Les plaignants considèrent que les efforts nationaux, pourtant formalisés par des objectifs de réduction des émissions à horizon 2035 et 2040, restent largement insuffisants.

Les observateurs juridiques estiment que les chances de succès devant les tribunaux sont modestes, mais reconnaissent le potentiel de cette action pour éveiller les consciences. Akihiro Shima puise la source de son combat dans une lecture adolescente, un roman dénonçant les ravages de la pollution industrielle. Cette prise de conscience précoce en a fait un militant au sein même de sa famille, l’amenant à défendre diverses causes, de la pauvreté aux discriminations.

Longtemps, la scène musicale fut son principal tribune. Il a même poussé la provocation jusqu’à poser nu avec son groupe devant le Parlement pour la pochette d’un disque, un acte de protestation purement symbolique. Une révélation, survenue à la quarantaine, l’a convaincu que la musique seule ne suffisait pas à infléchir le cours des choses. Il a alors entrepris des études de droit, obtenant son diplôme d’avocat en 2010.

Son premier dossier judiciaire était déjà emblématique, puisqu’il citait un ours polaire comme partie lésée, arguant que le réchauffement planétaire constituait une forme de pollution. Après l’accident nucléaire de Fukushima en 2011, il a engagé des poursuites contre des constructeurs de réacteurs et formé un nouveau groupe musical aux accents explicitement antinucléaires. Conscient que l’affaire climatique pourrait être son ultime bataille juridique, il aspire avant tout à provoquer un débat de société sur le monde que les Japonais souhaitent bâtir pour les trente prochaines années.

Un défi artistique persiste cependant pour ce rockeur hors norme. Il confie, non sans humour, ne pas encore avoir composé de chanson sur le climat, faute d’avoir trouvé comment rendre ce thème suffisamment attractif. À travers la procédure judiciaire qu’il a initiée, il espère néanmoins y parvenir, poursuivant ainsi, par le droit et la musique, son combat pour une société plus juste.

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