Nous rejoindre sur les réseaux

Monde

Trois ans après Tempé, la Grèce exige toujours la vérité

Article

le

Des dizaines de milliers de citoyens ont manifesté leur colère et leur douleur ce week-end, réclamant que les responsabilités soient enfin établies dans le drame ferroviaire qui a coûté la vie à 57 personnes en février 2023.

Des foules compactes se sont rassemblées samedi dans plusieurs villes du pays, à l’appel des familles des victimes et des syndicats. À Athènes, devant le siège du Parlement, plusieurs milliers de personnes ont observé un moment de recueillement en mémoire des disparus. « Justice pour les morts », a lancé le président d’une association de familles, résumant l’exigence centrale d’un mouvement qui dénonce depuis trois ans les lenteurs de l’enquête et ce qu’il perçoit comme une volonté d’étouffer l’affaire. Les manifestants ont ensuite scandé leur colère, tandis que de nombreux commerces du centre-ville avaient préféré fermer leurs portes par crainte de tensions.

Le mouvement de protestation a paralysé une partie des transports, les liaisons ferroviaires et maritimes étant suspendues pour la journée. À Thessalonique, une étudiante a confié que sa génération portait la marque de ce drame, qui avait emporté de nombreux jeunes revenant des festivités du carnaval. « Nous avons transformé notre douleur en engagement », a-t-elle déclaré, soulignant la détermination à obtenir que les responsables soient sanctionnés. Des pancartes rappelaient que « toute la Grèce était dans ce train », symbole d’un traumatisme national.

Le chef du gouvernement a pour sa part reconnu publiquement, à la veille de ces commémorations, les « manquements et les erreurs » de l’État. Il a affirmé vouloir que les responsabilités soient « établies avec rigueur et impartialité ». Des propos qui peinent à apaiser le sentiment d’injustice, tant les familles dénoncent un processus judiciaire à la traîne. Deux anciens membres de l’exécutif font l’objet de poursuites, mais aucune audience n’a encore eu lieu. L’enquête patine, tandis que des éléments matériels ont été détruits peu après les faits, lorsque le site de la collision a été déblayé.

L’accident, survenu par une collision frontale entre un train de voyageurs et un convoi de marchandises, avait brutalement révélé les carences d’un réseau ferroviaire sous-équipé et mal entretenu. Les systèmes de signalisation, vétustes, n’avaient pas fonctionné, permettant aux deux trains de circuler sur la même voie pendant de longues minutes. Des fonds européens avaient pourtant été alloués pour leur modernisation, mais les travaux accusent un retard considérable. La cheffe du Parquet européen a elle-même estimé que la catastrophe aurait pu être évitée si ces financements avaient été utilisés à temps.

Aujourd’hui, au-delà du deuil, persiste l’amertume face à des institutions jugées défaillantes. La mère d’une victime, qui projette de créer un parti politique, évoque un sentiment de « mépris » et la crainte que ce « crime » ne soit « étouffé ». Sur l’esplanade du Parlement, les noms des cinquante-sept disparus ont une nouvelle fois été inscrits en rouge, rappel tangible d’une exigence de vérité qui reste entière. Le procès de quarante prévenus, dont le chef de gare en service la nuit du drame, doit s’ouvrir à la fin du mois.

Click to comment

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Les + Lus