Monde
Slovénie : la douloureuse mémoire des collaborateurs, 80 ans après les exécutions massives


Huit décennies après les purges d’après-guerre, les familles des supplétifs nazis réclament reconnaissance, tandis que le pays reste divisé sur cet héritage controversé.
Le poids de l’histoire pèse lourd en Slovénie, où les blessures de la Seconde Guerre mondiale ne se sont jamais refermées. Parmi les ombres persistantes du conflit, le sort des miliciens de la Garde nationale, les « domobranci », continue de diviser. Environ 15 000 de ces supplétifs des forces de l’Axe furent exécutés sommairement par les partisans communistes après 1945, sans procès ni sépulture digne. Aujourd’hui, leurs descendants, comme Blaza Cedilnik, se battent pour que ces morts ne tombent pas dans l’oubli.
Fille d’un ancien milicien disparu, Blaza se heurte à une mémoire officielle réticente. Les restes des victimes, exhumés des charniers au fil des décennies, viennent d’être transférés dans un ossuaire provisoire, une solution qui scandalise les familles. « Nos pères méritent plus que des sacs plastique », lance-t-elle, réclamant un mémorial à Ljubljana. Une demande rejetée par les autorités, pour qui honorer ces hommes reviendrait à blanchir leur collaboration avec l’occupant nazi.
L’historien Mitja Ferenc, engagé depuis trente ans dans la réhabilitation des victimes, souligne l’ampleur des tueries : près de 15 000 Slovènes liquidés en quelques mois, auxquels s’ajoutent des milliers d’autres fuyards croates ou serbes. Les corps furent jetés dans des mines ou des grottes, parfois dynamités pour effacer les traces. Malgré les excuses publiques du premier président slovène en 1990, la réconciliation nationale peine à advenir.
Le maire de Ljubljana oppose une fin de non-recevoir à tout hommage aux « domobranci », rappelant leurs crimes contre les résistants et les civils. Pourtant, pour les familles, la question n’est pas de glorifier, mais de reconnaître une souffrance longtemps occultée. Blaza Cedilnik insiste : son père, enrôlé de force selon elle, n’était pas un criminel. Alors que les derniers charniers sont découverts en 2022, la Slovénie doit encore affronter ce passé qui refuse de passer.





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